Les 20 meilleurs albums de 2012 selon Mathieu Robitaille - Le Canal Auditif

Les 20 meilleurs albums de 2012 selon Mathieu Robitaille

En 2012, la musique est plus facile à se procurer que jamais auparavant. De multiples blogues et services en ligne placent chaque jour à notre portée une multitude de nouvelles chansons et de nouveaux artistes. Ajoutez-y le hype des blogues tentant de ne pas prendre de retard l’un sur l’autre et s’emportant pour des plaisirs sensoriels très éphémères, et il en résulte beaucoup de bruit pour attirer notre attention toujours décroissante. Mais le pire, c’est l’impression angoissante que j’ai, dès que je prends le temps de vraiment plonger dans un album, que je suis peut-être en train de manquer quelque chose d’autre, quelque chose de meilleur.

Certains albums sont excellents mais ne me font aucun effet. D’autres résonnent à ma fréquence sans que j’aie la moindre idée du comment. Voici une liste de 20 de ces derniers pour 2012.

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20. Ben Vida – esstends-esstends-esstends

Pas facile à décrire comme album, mais décidément unique. Ben Vida manipule les fréquences synthétiques dans le but de créer une illusion de positionnement du bruit dans l’espace. À écouter avec un casque pour un mindfuck de haut niveau. Et sobre, pour votre propre santé mentale.
 
 
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19. Dusted – Total Dust

Brian Borcherdt mène un joyeux boucan avec son groupe Holy Fuck, mais il a aussi fait de l’excellent pop-rock en solo et au sein de By Divine Right. Il explore ici son amour de Neil Young et du folk-rock sale en duo, accompagné d’un batteur. C’est aussi poussiéreux que le nom suggère, et ça s’incruste profondément dans les oreilles.
 
 

18. Neurosis – Honor Found in Decay

Ces grands druides du doom metal ont trouvé la palette de sons qu’il faut pour refaire toujours la même chose sans vraiment se répéter. La réalisation de Steve Albini, comme toujours, donne l’impression d’être au centre de l’action.
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17. Ricardo Villalobos – Dependent and Happy

Dans le monde microhouse de Villalobos, tous les sons ont potentiellement leur place. Ses compositions progressent et croissent sans jamais céder au dénouement facile, et chaque moment d’attention révèle des trésors.
 
 
 

16. Micachu and The Shapes – Never

J’attendais Micachu de pied ferme. Après un premier album réjouissant, elle avait fait un album semi-symphonique qui m’avait laissé tiède. Ce deuxième album avec les Shapes est un retour à la forme de Jewellery (2009), mais avec une attitude un peu plus sérieuse (ou plus adulte) dans sa façon enjouée d’explorer de nouvelles sonorités. Très l’fun.
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15. Tim Hecker and Daniel Lopatin – Instrumental Tourist

La musique ambiante a le désavantage de se situer à la frontière du new age insipide et pépère où rien ne se passe. Très difficile de mettre le doigt sur ce qui rend un drone ou un bruit captivant, et bien malin qui peut trouver la recette pour en faire un album entier. Hecker et Lopatin eux-mêmes n’y arrivent pas toujours, mais cette nouvelle collaboration improvisée est une surprenante réussite. Lire notre critique
 
 

14. Gros Mené – Agnus Dei

Une fois que je me suis fait à l’idée que Gros Mené ne ferait pas et ne pouvait pas faire un autre Tue ce drum, je me suis laissé convaincre par Agnus Dei. Au lieu de sonner Melvins et Pigfuck, Gros Mené s’est assagi et sonne maintenant plutôt QOTSA et Black Keys, mais la plume de Fred Fortin reste morveuse et charmante. Liminant Ménard me fait encore rire de surprise. Lire notre critique
 
 

13. Torche – Harmonicraft

Soundgarden a effectué un retour cette année, mais son absence n’était pas vraiment ressentie puisque Torche était déjà là pour porter le flambeau du rock doom rappelant Sabbath et Kyuss avec un côté aussi accrocheur que Cheap Trick. Pas tout à fait aussi bon que leur Meanderthal de 2008, mais vraiment pas loin.
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12. Goat – World Music

Même si on ignore la drôle de mythologie que le groupe a inventée (enfance passée dans l’isolement d’une secte vaudou émigrée en Suède), World Music a quelque chose de fascinant. C’est comme découvrir le corps momifié d’un animal difforme parfaitement préservé depuis 1973.
 
 
 

11. Flying Lotus – Until the Quiet Comes

Mes attentes étaient énormes, peut-être trop pour être totalement satisfaites, mais Quiet est tout de même massif et envoûtant. Du collage électronique de grande qualité.
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10. Health – Max Payne 3 Soundtrack

Je voulais un vrai album de HEALTH cette année ; je l’ai presque eu avec la bande originale du jeu Max Payne 3. C’est une trame sonore avec les désavantages de la forme: la musique s’efface par moments pour ne pas distraire le joueur (et dieu sait que si HEALTH le désirait, il pourrait distraire). Malgré des passages un peu légers, HEALTH, maintenant un trio, est encore en grande forme.
 
 
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09. Carter Tutti Void – Transverse

Collaboration improvisée entre Chris Carter et Cosey Tutti de Throbbing Gristle et Nik Void de Factory Floor, enregistrée en spectacle lors d’un festival organisé par les disques Mute. On dit que le public à ce concert était complètement en transe. Je n’ai aucune difficulté à y croire.
 
 
 

08. Grizzly Bear – Shields

Avec cet album, j’ai appris à arrêter de douter de Grizzly Bear et à les laisser me porter. Ils savent comment mettre le doigt sur une beauté juste un peu malsaine, juste assez triste et amère pour qu’on s’y reconnaisse. Et j’y entends quelque chose d’un peu sexy… C’est juste moi?
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07. Zammuto – Zammuto

La dissolution de The Books m’a attristé, mais ce premier album de Nick Zammuto, moitié chantante du duo, m’a fait chaud au coeur. Exit les collages de sons trouvés, ce qui est un peu dommage. Reste tout de même les méthodes non-orthodoxes de Zammuto et son instinct pour les mélodies inhabituelles. On sent que la formation n’est pas encore certaine d’où elle va, mais avec un tel baptême, je veux être là pour la suite.
 
 
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06. Dope Body – Natural History

J’ai un parti pris pour les groupes qui se sont formés après 2005 et qui ont su attirer l’attention sans aller s’installer à Brooklyn. On a parfois l’impression que ces groupes sont minoritaires! Un d’eux est Dope Body de Baltimore, qui a lancé un album noise-rock d’une vigueur et d’une vitalité surprenantes cette année. Des grooves d’hommes des cavernes et des passages où le groupe se moque du jock rock tout en y rendant hommage.
 
 
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05. Father John Misty – Fear Fun

Quel magnifique bâtard dépravé que ce Josh Tillman. Fear Fun habite un monde parallèle resté prisonnier de la scène soft rock de Los Angeles des années 1970. C’est un album à la fois totalement sincère et pince-sans-rire, grivois et touchant. Et entendre une vraie belle voix couchée sur du matériel aussi décadent, ça a quelque chose de jouissif.
 
 

04. Demdike Stare – Elemental

De la musique électronique déstabilisante, dépaysante et lugubre. Andy Stott était sur toutes les lèvres cet automne, non sans raison, mais dans un genre similaire je préfère encore Demdike Stare.
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03. Converge – All We Love We Leave Behind

La brutalité sonore de Converge camoufle une finesse peu commune. Les groupes qui n’ont plus rien à prouver et qui règnent en maître sur leur genre ont tendance à s’assoir sur leurs lauriers. Ce serait mal connaître Converge, qui à ce titre est du calibre des grands comme Fugazi. Ils mettent constamment de nouvelles idées de l’avant et esquivent les échecs avec une aisance inouïe. Lire notre critique
 
 

02. Liars – WIXIW

Quel plaisir de voir Liars vieillir. Ils sont rares, les groupes qui sont disposés à se remettre en question avec chaque nouveau projet. C’est le genre d’attitude qui déchire la plupart des groupes avant le troisième album. WIXIW, le sixième album de Liars, est leur plus synthétique mais aussi leur plus humain.
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01. Swans – The Seer

La phrase qui revient souvent au sujet de cet album, c’est la citation du leader Michael Gira à l’effet que ce soit à son avis la culmination de 30 ans de carrière, le mariage parfait de toutes les choses qu’il a su bien faire depuis les débuts de Swans en 1982. Je partage son opinion d’une façon tout à fait personnelle: l’album représente pour moi la culmination de 30 ans d’écoute active de musique. Tous les moments où j’ai laissé la curiosité, l’entêtement et le snobisme élargir mes horizons musicaux m’ont mené à cet énorme monolithe, ce monument sonore érigé en l’honneur de la quête du sublime et du rejet total de la banalité plaisante.
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Mentions très honorables

Black Dice – Mr. Impossible, Oneida – A List of the Burning Mountains / Man Forever – Pansophical Cataract, Metz – Metz, Andy Stott – Luxury Problems, « Blue » Gene Tyranny – Detours

Vidéoclips de l’année

Liars – Brats, HEALTH – Tears, Grimes – Oblivion, Gros Mené – Vénus

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