Liars - WIXIW - Le Canal Auditif

Liars – WIXIW

Le groupe Liars aime le changement, c’est une de ses rares constantes. C’était clair dès son deuxième album, They Were Wrong, So We Drowned, qui balançait par la fenêtre le dance-punk sauce Brooklyn de l’album précédent. Liars s’en tient depuis à un rock tour à tour ambiant, énergique et suffocant, toujours surprenant, et qui ne ressemble à rien sauf à ses quelques imitateurs.

Les deux derniers albums, Liars et Sisterworld, sans être du surplace, étaient d’intéressantes variations sur le même thème plus que des évolutions marquées. Malgré des approches distinctes, ils finissaient par offrir un peu ce à quoi on s’attend de Liars. Il était donc temps de brouiller les cartes.

Et avec WIXIW, Liars brouille. Angus Andrew, Aaron Hemphill et Julian Gross s’imposent des contraintes comme jamais auparavant pour ce sixième album: composition dans l’isolement total, priorité aux synthés, aux échantillonages et aux sonorités électro des années 80, et enregistrement en compagnie d’un bonze de la musique électronique, Daniel Miller, grand boss de Mute Records, la maison de disques avec laquelle Liars fait affaire depuis ses débuts.

“Un groupe rock qui vire électro, ça ne fait pas un peu Radiohead?” Un peu, oui. Liars fait un exercice similaire à ce que Radiohead avait fait avec Kid A, puis encore avec King of Limbs, mais garde un trop grand goût pour ce qui est rebutant et lugubre pour que la comparaison tienne vraiment. Comme le dit le chanteur Angus Andrew: “Si ce que nous faisons ne nous laisse pas perplexes, nous avons échoué.” La véritable nature du groupe brille comme jamais sur WIXIW (se prononce “wish you”). Parfaitement séquencé pour nous transporter du calme inquiétant de la première pièce à la frénésie dancefloor de Brats en passant par le malaise existentiel d’Octagon et de la pièce-titre, WIXIW captive et fascine par la beauté surprenante de ses textures sonores et par sa charge émotive tendue et soutenue.

L’album n’aura peut-être pas le même effet pour ceux qui n’ont jamais entendu Liars, mais pour les initiés, c’est une autre balle courbe qui arrive en plein centre du marbre. C’est à la fois son album le plus téméraire et le plus accessible à ce jour. On pourrait dire que le trio aime décontenancer son public, mais c’est lui-même qu’il veut décontenancer avant tout. Le public, s’il est réceptif, n’a qu’à admirer le résultat.

Ma note : 8,5/10

Liars
WIXIW
Mute
43 minutes

liarsliarsliars.com/

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