Faith No More - Sol Invictus - Le Canal Auditif

Faith No More – Sol Invictus

Faith No MoreÀ quoi vous attendiez-vous d’un nouvel album de Faith No More, dix-huit ans après Album Of The Year? Pensiez-vous qu’ils reviendraient en force, comme on voudrait l’espérer d’un groupe qui a multiplié les bons coups, ou craigniez-vous une série de chansons sans conviction, simplement pour se donner bonne conscience entre deux tournées mondiales sous le signe de la nostalgie?

Quand le groupe a annoncé à la fin de 2014 qu’un nouvel album arriverait d’ici quelques mois, il a présenté l’idée d’une façon assez attrayante. Il avait composé, répété et enregistré les nouvelles compositions dans le secret le plus total, et allait lancer l’album lui-même (le groupe a fondé les disques Reclamation, une sous-entité des disques Ipecac cogérés par Mike Patton). Si le résultat s’avérait décevant, le groupe pouvait facilement annuler le tout et ne rien lancer, puisque presque personne n’était au courant sauf le groupe lui-même.

Si l’album est maintenant dans nos oreilles, ça doit donc être parce que Faith No More ne le trouve pas mauvais. Et on les comprend d’être confiants: l’album est digne des deux précédents, et stylistiquement dans les mêmes eaux. Comme c’était le cas pour King For A Day, l’impulsion de l’album provient principalement des compositions du bassiste Billy Gould, et les chansons vont dans toutes sortes de directions. Et comme c’était le cas pour Album Of The Year, les explorations semblent parfois un peu gratuites, jusqu’à ce que vienne s’imposer un refrain en béton ou un changement de dynamique captivant. Ce n’est pas le tremblement de terre d’Angel Dust, mais c’est normal. Un album comme ça n’arrive qu’une fois dans la carrière d’un groupe.

Il y a une forme qui se répète sur plusieurs pièces de Sol Invictus: l’intro et le premier couplet s’inspirent d’un genre parmi d’autres (funk mou type bande sonore de porno pour Sunny Side Up, musique brésilienne pour Rise Of The Fall, le sempiternel Morricone pour Cone Of Shame, un peu de new wave américain pour Black Friday), puis l’intensité est gonflée jusqu’à un refrain énergique qui met parfaitement en valeur les mélodies et la voix de Mike Patton.

Mais ce qui donne à l’album la marque inimitable de Faith No More, ce sont les chansons plus rock, celles où chaque musicien fait sa part pour donner au tout une intensité singulière, quoiqu’indéniablement métal. Le hit le plus évident ici, si on peut encore parler de hits en musique rock de nos jours, est Superhero. L’énergie du groupe y est si enjouée et directe qu’on y entend des échos de The Real Thing. L’attitude est un peu plus sombre, mais tout aussi percutante, dans les pièces Separation Anxiety, Cone Of Shame et Matador.

Il y a bien certaines chansons où il ne se passe pas grand-chose, notamment la première et la dernière de l’album, et on s’est fatigué un peu vite de Motherfucker, la première pièce à être révélée au public en décembre dernier. Malgré ces légers accrocs, on accueille à bras ouverts la troupe prodigue de San Francisco. Faith No More reste ce qu’il a toujours été: une anomalie facile d’approche, un de ces rares groupes de guitare où la guitare semble l’ingrédient le moins important.

Ma note: 7,5/10

Faith No More
Sol Invictus
Reclamation/Ipecac
39 minutes

www.fnm.com

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