Critiques

Preoccupations

New Material

  • Flemish Eye
  • 2018
  • 36 minutes
8
Le meilleur de lca

Quand Preoccupations a lancé son dernier album, l’éponyme de 2016, j’ai eu quelques craintes. On reconnaissait le groupe qui nous avait ravis avec son premier album sous le nom de Viet Cong, c’était à peu près le même post-punk avec l’intensité haussée de plusieurs crans, mais on sentait aussi une envie de briser la forme avec un peu trop de zèle, au détriment des chansons elles-mêmes. Preoccupations faisait de l’effet par ses ambiances plus que par la structure de ses compositions. Un bon tiers de l’album avait même l’air inachevé, livré avec un haussement d’épaules et un soupir de dépit.

Je comprends le souhait de se renouveler un peu avec chaque album, mais ça me semblait la mauvaise direction pour un néanmoins excellent groupe. J’ai donc été vite rassuré quand les premiers extraits de New Material ont été révélés. Preoccupations délaisse la création floue et informe et revient vers des structures plus accrocheuses. Il y a encore des mesures irrégulières par-ci par-là et une puissance anxieuse tourmentée et malaisante, mais la nature post-punk du groupe prend des airs plus légers tendant vers le new wave.

Les ascendants 80’s de ce quatuor albertain sont évidents depuis le début, mais deviennent carrément criants ici. La nostalgie joue rarement un rôle prépondérant dans mon appréciation de la musique, mais il y a quelque chose dans l’air ambiant en 2018 qui fait que l’angoisse post-punk résonne avec tout autant de pertinence. Qu’est-ce qui a tant changé, au fond, depuis le début des années 1980? La peur d’une guerre nucléaire est encore bien réelle, les anciens territoires soviétiques sont encore le Bonhomme Sept Heures qu’on évoque au bulletin de nouvelles, et rien n’a vraiment été fait pour freiner l’extinction massive qui se passe sur terre « on our watch ». New Material serait une trame sonore parfaite pour un film des années 80 d’un univers parallèle, genre si John Hughes avait réalisé The Day After ou Class of 1984.

J’aime bien cette couleur vive et nostalgique, mais je suis conscient qu’elle pourra en rebuter plusieurs. Ceux que ça n’agace pas trouveront un Preoccupations en grande forme. La section rythmique est aussi infatigable et imprévisible que toujours, le travail des guitaristes/claviéristes est en symbiose parfaite, et la voix de Matt Flegel est forte et souple, poussant avec confiance des mélodies qui nécessitent plusieurs écoutes avant de pouvoir être saisies complètement.

En se concentrant sur ses forces et en soignant ses compositions, Preoccupations démontre qu’il a plus d’avenir que lorsqu’il tente d’être trop expérimental. La force de frappe de Viet Cong est amoindrie, mais l’efficacité des compositions est intacte. Et le fait que le groupe sache se doser et se limiter à 36 minutes, et nous faire passer en aussi peu de temps de pièces énergiques comme Decompose et Disarray à des morceaux calmes et planants en fin d’album, ça donne un album qui se termine trop vite et qui nous donne encore hâte à la suite.

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