Critiques

Matmos

The Marriage Of True Minds

  • Thrill Jockey Records
  • 2013
  • 50 minutes
8
Le meilleur de lca

homepage_large.a76d58cbDepuis ses origines en 1995, Matmos se consacre principalement à la transformation du bruit en musique. Entre les mains du duo, l’exercice est une science autant qu’un art. Après des débuts où tous les bruits étaient potentiellement utilisables, le groupe formé de Drew Daniel et de M.C. Schmidt s’est mis à encadrer ses expérimentations dans des concepts parfois très stricts ou saugrenus (sons tirés de diverses chirurgies esthétiques, ou uniquement d’instruments de musique anciens). Et règle générale, les résultats sont au moins intéressants, voire fascinants.

L’approche purement samplée risquait cependant de faire du duo un vestige du tournant du millénaire, et on sentait qu’il souhaitait brasser les cartes depuis environ 2007. L’album Supreme Balloon était une volte-face intéressante où Matmos tirait un trait sur l’échantillonage et clamait haut et fort n’avoir utilisé aucun microphone lors de sa sitedemo.cauction. L’album a été suivi par presque cinq ans de remix, de commandes spéciales et de collaborations, comme si Matmos peinait à trouver l’idée qui le stimulerait assez pour pondre un nouvel album en bonne et due forme.

En fait, la formation suivait laborieusement un filon depuis plusieurs années, une lubie qui lui permet de puiser ses idées auprès de cobayes consentants. Une cinquantaine de sujets se sont prêtés au jeu: les yeux couverts par deux moitiés de balle de ping-pong et les oreilles branchées sur du bruit blanc, ils devaient tenter de percevoir télépathiquement ce que Daniel et Schmidt avaient en tête pour leur prochain album. Les paroles, les sons et les descriptions qu’ont offerts ces sujets sont ce qui sert de matériel de base à The Marriage Of True Minds.

Matmos est clairement galvanisé par ce concept farfelu. Loin de fuir le ridicule inhérent à l’expérience, le groupe le prend à bras le corps et se laisse porter dans des territoires variés et ludiques, des rythmes soutenus de Tunnel et de Very Large Green Triangles aux tapisseries sonores flirtant avec la musique concrète de Ross Transcript en passant par les visions cauchemardesques d’ESP (une réinterprétation très, très libre d’une chanson des Buzzcocks). On sent Matmos totalement inspiré par le processus, ouvert à toutes les possibilités, ce qui se solde par l’album le plus éclectique et enjoué du duo depuis A Chance To Cut Is A Chance To Cure.

Certains verront peut-être un défaut dans le fait que l’album dépende d’une description de son concept pour être vraiment apprécié. C’est une critique valable, et j’aimerais bien qu’il soit possible de remonter dans le temps pour que je puisse réécouter l’album sans explication sur le processus, juste pour voir s’il se défend aussi bien. Cela dit, ce que j’entends ici avec tout le contexte, c’est un album d’une intelligence, d’une vivacité et d’un humour peu communs.

Ma note: 8/10

Matmos
The Marriage of True Minds
Thrill Jockey
50 minutes

//vague-terrain.com

1 commentaire

  1. Sylvain, le 2013-03-04 à 18:58

    Je ne savais rien de l’idée de base de l’album, je l’ai tout de même beaucoup aimé.

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