Critiques

Mark Lanegan & Duke Garwood

Black Pudding

  • Ipecac Recordings
  • 2013
  • 44 minutes
7,5

marklanegananddukegarwoMark Lanegan : ex-chanteur de Screaming Trees, âme tourmentée invitée à pousser la note avec Queens Of The Stone Age, créateur prolifique autant avec son Mark Lanegan Band, Isobel Campbell et autres importantes pointures. Duke Garwood : multi-instrumentiste de grand talent qui détient à son actif quatre albums studio, a enregistré et tourné avec des artistes aussi variés que Kurt Vile, The Gutter Twins, Wire, The Orb et Seasick Steve. Les deux possèdent l’un pour l’autre une admiration sans bornes; personne n’est donc surpris de la parution de Black Pudding de ce duo cafardeux.

L’an dernier, Lanegan et son groupe avaient fait paraître l’un des albums les plus mésestimés de 2012; l’électro-blues titré Blues Funeral. Est-ce que ce Black Pudding emprunte les mêmes sentiers que le précédent effort du ténébreux chanteur? À vrai dire, le blues n’est jamais bien loin avec ces deux musiciens, mais assurément les rythmes électroniques sont pratiquement effacés de la carte.

Garwood et Lanegan nous offrent un Black Pudding minimaliste, axé en quasi-totalité sur le jeu de guitare acoustique/électrique, mais chamanique, de Garwood et superbement nimbé de cette magnifique voix «lendemain de veille» de Lanegan. Ici, nous sommes à des années-lumière des effluves mielleuses offertes par Isobel Campbell.

S’ajoutent aux guitares de Garwood et à ce chant caverneux de Lanegan, quelques rythmes électros, des guitares branlantes, un piano électrique Clavinet et un saxophone ténor. La force de cette œuvre réside dans l’union de ces deux univers musicaux complémentaires : le jeu de guitare caniculaire et piqué au venin de Garwood et l’interprétation désertique et sombre de même que les textes gothiques de Lanegan.

Ce disque constitue la rencontre entre deux êtres pour qui l’obscurité est la seule et unique source d’inspiration. Ce disque sonne comme un enregistrement consigné dans un chalet, durant une nuit incantatoire déviante. Ça transpire l’humidité. Ça excite les serpents venimeux. C’est langoureux, malsain et lugubre.

Quelques évocations torrides sont venues s’incruster sournoisement dans notre cortex cérébral : les instrumentales Black Pudding et Manchester Special, le blues aride titré Pentecostal, la glauque War Memorial, l’opaque, narcotique et magnifique Mescalito, la discrète et envoûtée Death Ride, la dissonante et astucieusement orchestrée Thank You, la funky Cold Molly de même que l’émouvante Shade Of The Sun.

À part une ou deux minuscules défaillances en milieu de parcours, il n’y a rien qu’on puisse reprocher à ce Black Pudding tant ces morceaux de blues désertiques et tourmentés sont animés par un subtil pacte avec le diable. Loin d’être une réforme complète de ce genre musical (à quoi bon par ailleurs?), cette conception sonore pourra aisément être réécoutée dans dix ou vingt ans. Encore une fois, un projet gagnant pour ce bon vieux Mark Lanegan qui décidément se bonifie sérieusement avec les années… et Duke Garwood qui fait un travail d’instrumentiste remarquable! On ne peut rien exiger de plus!

Ma note : 7,5/10

Mark Lanegan & Duke Garwood
Black Pudding
Ipecac
44 minutes

www.dukegarwood.co.uk

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