Critiques

Daniel Boucher

Toutte est temporaire

  • Boucane Bleue
  • 2014
  • 39 minutes
4

daniel_boucher_-_pochettePar une introduction à la sonorité rappelant la musicalité et les paroles des artisans québécois des années 70 – Robert Charlebois et son Osstidcho n’aurait pas renié – Daniel Boucher ouvre son nouvel album titré Toutte est temporaire en s’excusant.

Pour ce faire, trois petites phrases: «Scusez menutte, scusez-moi toutte et Houp!». Voilà, le ton est donné; nous sommes bel et bien entrés dans l’univers littéraire unique qui caractérise les disques du chansonnier québécois.

Il s’amuse encore ici avec les mots, tout comme il l’a fait toujours fait, empruntant à notre langue parlée et aux régionalismes entendus. Ils se les accaparent pour parler de ses thèmes de prédilections.

D’abord la politique, son cheval de bataille, qu’il cabre et dresse avec efficacité sur Embarques-tu?, juxtaposant les propos à une histoire de départ et de voyage. «Y’a pas personne qui va venir nous empêcher de nous sourire/Y’a pas personne pour nous empêcher de nous dire oui», chante-t-il sous des airs pop-rock convenu au refrain entraînant.

Puis vient l’autre grand sujet de Daniel Boucher, le thème de l’amour. Il se fait paternel sur la pièce titre («C’est dur, un père qui part au bord d’apprendre à dire ‘J’t’aime, Daniel’») et charnel sur Mont-Louis et Qu’est-ce qui reste à faire?

Et lorsqu’il ne parle pas de politique ou d’amour, Daniel Boucher critique le système. Comme aux beaux jours de La Patente, son album phare sorti il y a dix ans, le capitalisme passe au tordeur sur La piasse est morte, le tout servi par des propos à l’humour noir. «La machine renvarse/La doctrine à ‘craque/La prison nous slaque/Camisole de farce».

À l’écoute de Toutte est temporaire, un constat: l’auteur et compositeur maîtrise à la perfection la langue d’ici. Malheureusement, il n’arrive pas à l’élever à un niveau autre que primaire.

La répétition des propos, en boucle sur toutes les pièces, aurait pu être minimisée au profit d’une plus grande recherche de paroles.

Musicalement, si l’utilisation des instruments traditionnels – guitare, batterie, basse – est efficace, on est moins convaincu par l’échantillonnage entendu. Daniel Boucher s’amuse avec la reprise d’éléments antérieurs, dont un monologue d’Yvon Deschamps sur la langue française. L’idée fait sourire au départ, mais elle s’étiole au fil des minutes qui passent. Daniel Boucher aurait eu avantage à couper dans cet extrait. Et dans certains autres également.

Ma note: 4/10

Daniel Boucher
Toutte est temporaire
Boucane Bleue
39 minutes

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