Critique : Brand New - Science Fiction - Le Canal Auditif

Critique : Brand New – Science Fiction

Après des mois de promesses brisées et d’attentes déçues, les fans de Brand New ont pu découvrir le cinquième disque du cultissime groupe de Long Island, coulé sans tambours ni trompettes sur le web le 17 août.

Et si Science Fiction est le dernier album de la bande à Jesse Lacey, Brand New pourra se targuer encore une fois d’avoir repoussé ses propres standards de composition et de livraison, réussissant à synthétiser en tout juste une heure de musique tout ce qu’il a été depuis le début de son emblématique carrière.

Et si le groupe retrouve le feu sacré en tournée et poursuit sa carrière, ce plus récent LP marquera assurément la fin du triptyque amorcé avec The Devil And God Are Raging Inside Me (2006) et poursuivi avec Daisy (2009).

Car oui, il émane de Science Fiction une impression de fin de cycle, comme un sentiment d’acceptation mi-lucide, mi-passive après l’angoisse, la peine, la rage et l’autodestruction, qui étaient les thèmes des deux précédents disques. Musicalement aussi ce nouvel opus est plus mesuré, moins lourd. On sent certes Jesse plus calme au chant, même si ses tourments sont encore perceptibles. Disons simplement qu’il ne ressent juste plus le besoin de les crier pour les extérioriser.

Il y a aussi sur Science Fiction une précise continuité avec The Devil and God et Daisy dans la manière de ficeler riffs et mélodies. Mais évitant de faire du surplace, le quatuor s’exécute sur des tempos plus lents, avec davantage de strates d’ambiances et de silences évocateurs. Les gars ont également ajouté sur presque chaque titre une piste de guitare acoustique aux riffs. Voilà qui donne de l’amplitude et un côté organique que n’a jamais le son de Brand New de par leur utilisation de guitares Fender.

Pour les textes, on reconnaît la plume écorchée de Lacey : son grand talent pour la métaphore dramatique, son penchant pour l’autoflagellation et sa tendance à l’auto-exclusion par crainte d’être rejeté. Avec un registre mélodique plus diversifié, on sent le chanteur prêt à s’ouvrir. Comme si ses cryptoréférences étaient ici une invitation à « craquer le code ». On le sent même jeter la serviette sur son espoir de vieillir en paix avec qui il est, espoir qui l’angoisse et qui truffe les paroles de tous les albums de Brand New. Je vois dans cette gymnastique mentale un lâcher-prise fragile, mais lucide.

D’ailleurs, cette phrase de Waste est particulièrement évocatrice :

Give up trying to be someone
Take your head apart
Free your own heart.
Waste

En bref, ce cathartique cinquième album contient son lot de Brand New-ismes qui saura plaire à l’amateur de la première heure. Celui qui a pleuré avec Devil and God, crié sur Daisy et est devenu un adulte avec le groupe. Jesse Lacey et ses associés l’ont assurément compris en livrant un album intelligent et duquel émane pour la première fois un peu d’espoir.

Mais la paix intérieure pour Lacey est probablement de la « science fiction ».

MA NOTE: 9/10

Brand New
Science Fiction
Procrastinate! Music Traitors
62 minutes

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