Critique : Austra - Future Politics - Le Canal Auditif

Critique : Austra – Future Politics

Le hasard fait que le troisième album du groupe électro canadien Austra, Future Politics, sort en même temps que Donald Trump devient président. Avec un album qui parle (en métaphores, bien sûr) de marginalité, de politique et de changements climatiques, Katie Stelmanis, la chanteuse et tête pensante du groupe, ne pouvait pas deviner à quel point son disque tombait à point. Mi-sombre et mi-lumineux, entre la critique sociale et la catharsis par le plancher de danse, Future Politics gagne en qualité à chaque écoute.

Troisième album, faisant suite à Feel it Break (2011), qui a été une révélation tant pour la critique que pour le public et Olympia (2013), un album honnête, mais moins puissant que son précédent, Future Politics continue de placer Austra comme un des groupes phares de la musique électro alternative canadienne. La signature d’Austra se trouve dans la voix de Katie Stelmanis, une voix aigüe, cristalline, qui n’a pas peur du trémolo. On reconnaît aussi la touche de Maya Postepski à la rythmique et à la production, qu’on connaît aussi pour son travail avec TR/ST et en solo avec Princess Century. Groupe emblématique d’une certaine scène queer, Austra prône encore une fois avec cet album l’amour de soi, l’acceptation et le droit à la marginalité.

Les pièces de Future Politics varient de la douce harpe sur Deep Thougt, seule pièce instrumentale de 1 minute 11 à une ode de cinq minutes à l’acceptation de soi qui ferait danser un paraplégique. Utopia, le premier extrait sorti, prête autant à la danse qu’à la réflexion : « Cut me a slice/of the apple I grew/My work is valid/I can’t prove it/But I know ». I’m a monster joue dans le suraigu et nous sort de l’apathie avec ces trois lignes qui se répètent inlassablement : « But I don’t feel nothing, anymore/I try to keep my head on straight/But I don’t feel nothing, anymore ».

De son côté, Beyond a mortal a quelque chose de très rétrofuturiste avec sa boucle mélodique de 5 minutes 47. La voix de Katie Stelmanis y est très éthérée. C’est peut-être le seul gros défaut de Future Politics : la même recette de progression musicale (départ lent, augmentation des couches sonores, répétitions des mêmes strophes) se fait entendre sur la majorité des pistes. L’album se clôt sur 43, une chanson en l’honneur du massacre de 43 étudiants à Iguala au Mexique, en 2014.

Tant du côté du fond, de la forme, de la démarche ou du résultat, Future Politics réussit à marquer des points. Les onze pièces de l’album s’enchaînent et se déplient en un tout uni et puissant. Alice Wilder, la technicienne de tournée, s’est occupée du mixage en respectant l’identité du groupe et Heba Kadry (Neon Indian, TR/ST, Haerts), une des rares femmes à faire ce métier, a matricé l’album. Un excellent album pertinent, dansant et réjouissant.

Ma note: 7,5/10

Austra
Future Politics
Pink Fizz Records
46 minutes

https://austramusic.bandcamp.com/album/future-politics

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