Critique : Alpha Toshineza - Jazz Inuit - Le Canal Auditif

Critique : Alpha Toshineza – Jazz Inuit

Alpha Toshineza est un rappeur francophone qui habite Winnipeg au Manitoba. Comme beaucoup de gens d’origine congolaise, Toshineza s’est retrouvé en Europe. Il a grandi au Luxembourg et rappe depuis les années 90. Installé au Canada depuis 2014, il a créé sa propre maison de disque, Jazz Inuit qui est aussi le nom de cet album paru à la toute fin de 2016.

Que dire de ce Jazz Inuit? Il a surtout d’Inuit le nom, on n’y retrouve pas de liens avec les communautés du Nord Canadien. Mais entre peuples opprimés, les liens sont faciles à tirer. Alpha Toshineza laisse tomber un album qui oscille entre rap « old school » et des productions plus modernes. Sa verve est organique et ses constructions d’images sont généralement bien tissées.

Yakuza est un exemple de ces trames qui nous rappelle les années 90. C’est un smooth jazz sur lequel Alpha Toshineza vogue avec une rapidité qui coule naturellement dans l’oreille. Ne laisse pas tomber ce rêve rappelle plutôt des productions à la Kanye West qui échantillonne de vieux tubes. En l’occurrence, c’est We’re Almost There de Michael Jackson. I Don’t Know fait de la place à Selci qui chante sur le refrain alors que Toshineza nous envoie des mots avec une bonne cadence.

Jazz Inuit n’est pas parfait par contre. Parfois, les images ou les propos manquent de nuances. Visionnaire, par exemple, se retrouve dans une situation paradoxale parce qu’il appelle les visionnaires de partout, se plaçant au-devant de tout ça. Pourtant, tout ça est couché sur, et de loin, la production la moins intéressante de l’album. C’est une trame simple qui peine à se distancier des trames entendues cent fois pendant les années 90. De plus, il y a un certain côté adorateur du Christ qui tombe à plat. À se retourner toujours vers la figure christique, il fait tourner en rond son propos. Alpha Toshineza esquisse parfois des images qui se font court-circuiter par un dévoilement trop direct de son propos.

Malgré ces quelques écueils, Alpha Toshineza offre un Jazz Inuit qui tient la route et qui nous fait découvrir un talent francophone du Manitoba. Il faut les célébrer, ils ne sont pas nombreux. Est-ce que Toshineza collaborera avec Shawn Jobin? Ce serait bien que les rappeurs de l’Ouest canadien se serrent les coudes. On est content aussi de voir qu’il semble y avoir une faune active et en plein essor.

Ma note: 6,5/10

Alpha Toshineza
Jazz Inuit
Jazz Inuit
39 minutes

https://alphatoshineza.bandcamp.com/album/jazz-inuit-lp

Exprimez-vous!

*