Betty Bonifassi - Lomax - Le Canal Auditif

Betty Bonifassi – Lomax

Betty BonifassiÀ l’automne 2014, l’incandescente Betty Bonifassi faisait paraître un album homonyme qui rassemblait des relectures de chants de travail qu’entonnaient les esclaves afro-américains afin d’endurer (c’est le cas de le dire!) le rythme de travail inhumain imposé par les maîtres blancs. Évidemment, c’est grâce au minutieux travail du légendaire ethnologue, interprète et producteur Alan Lomax (1915-2002) que Bonifassi a pu réaliser ce premier chapitre.

La semaine dernière, Bonifassi revenait à la charge avec un deuxième tome titré Lomax qui inclut de nouvelles variantes de chansons tirées de son œuvre initiale ainsi que des «worksongs» métamorphosés. Réalisé en duo avec l’excellent Jesse Mac Cormack, ce Lomax est en équilibre parfait en modernisme et traditionalisme. C’est rock, blues, gospel, ou les trois à la fois, et au fil des écoutes, on fait la constatation suivante: peu de disques québécois ont emprunté ces sonorités dites rétro avec autant de véracité et d’authenticité.

Avec la dynamo vocale Bonifassi derrière le micro (quelle chanteuse mes amis!) et le magnifique travail de réalisation et d’instrumentiste de Mac Cormack, Lomax ne pouvait qu’obtenir un résultat éclatant. En septembre 2014, l’intense chanteuse déclarait ceci au journaliste Daniel Lemay du quotidien La Presse: «L’asservissement des peuples, ça me parle!». Eh bien! Ma chère Betty, tu es loin d’être la seule. Je me joins à ton équipe, crois-moi!

Comparativement au précédent effort, le tandem Bonifassi/Mac Cormack a privilégié une approche plus organique, délaissant les sonorités électros, conférant ainsi à ces pièces une identité forte qui sert merveilleusement le propos. Fait à noter, les harmonies vocales ont été conçues en totalité par Bonifassi. S’est joint à l’équipe, Les Marjo’s; un ensemble de choristes/actrices qui accentue la charge émotive des morceaux.

Et que dire de l’interprétation de la chanteuse? Une réussite sur toute la ligne! La profondeur, l’ardeur, l’âme insufflée par Bonifassi contribue grandement à nous garder captifs de ce petit bijou d’album. Évidemment, le mélomane qui ignore le contexte dans lequel a été élaboré ce disque pourrait demeurer de marbre face à cette proposition. Cependant, l’auditeur bien au fait de la genèse de cette production sera totalement séduit par ce Lomax.

C’est bon du début à la fin et parmi les chansons prisées, j’ai affectionné l’explosivité et l’énergie rock qui se dégage de Rosie, le refrain enivrant et prenant dans Berta, le blues rock dépouillé évoqué dans No More My Lawrds, le folk salopé Black Woman, le petit penchant Dire Straits entendu I Don’t Do Nobody ainsi que la conclusive Old Hannah qui sonne comme du Galaxie sous tranquillisant.

Lomax est un fichu de bon disque qui saura plaire autant à un auditoire mature avide de blues rock millésimé qu’aux jeunots, aficionados du travail de Jesse Mac Cormack. Pas de farce, le kid est franchement une coche au-dessus de la mêlée… et accompagné par dame Bonifassi, son talent prend de l’ampleur. Un must.

Ma note: 7,5/10

Betty Bonifassi
Lomax
L-Abe
31 minutes

http://bettybonifassi.com/

Exprimez-vous!

*