Beirut - No No No - Le Canal Auditif

Beirut – No No No

1433178285.671_beirut-no-no-no-575x575La formation Beirut, menée par le songwriter Zach Condon, est de retour cette semaine avec un premier album depuis The Rip Tide paru en 2011. Ça s’intitule No No No. Oui, ce disque se révèle après un laps de temps assez prononcé… Pourquoi? Tout simplement parce que la vie de Condon a subi plusieurs écueils: divorce, épuisement, hospitalisation en Australie ont poussé la figure de proue de Beirut dans ses derniers retranchements émotifs. Dans ces circonstances, on comprend parfaitement l’intervalle entre les deux parutions.

Enregistré en quinze jours à New York, ce No No No constitue un joyeux refus de se laisser abattre par les déconvenues de la vie et avec étonnement, on ne ressent aucun apitoiement ni larmoiement. On y entend toujours cette pop-folk aux ascendants slaves, incluant les subtils éléments rythmiques électros entendus sur le précédent effort. Donc, les claviers, piano, percussions africaines et ukulélés se trouvent délicatement imbriqués dans la perspective dite synthétique.

Là où le bât blesse décisivement, se situe dans le songwriting assez convenu de Condon. On comprend parfaitement le choix du compositeur de demeurer bien sagement dans sa zone de confort suite aux malheureuses infortunes mentionnées précédemment… mais sur le plan strictement créatif, cet album est beaucoup trop sage, accointant un peu trop souvent l’esthétique mature. Bref, c’est un peu trop pépère au goût de votre vieux scribe. On aime quand Beirut est passionné, fiévreux et hautement frémissant. Rien de tout ça sur ce No No No qui demeure bien tranquille dans son coin.

Et c’est sans compter les évidents tics musicaux entendus régulièrement à l’écoute des parutions antérieures qui refont ici un peu trop surface. On fait référence, entre autres, au clavier surutilisé «typiquement Beirut» en introduction de la pièce-titre No No No. Bref, Condon est prisonnier de son songwriting (ça arrive aux meilleurs de la profession!) et après quatre années d’absence, on était en droit de s’attendre à quelque chose de plus vivant et créatif.

Tout au long de l’écoute, on a eu l’impression, autant au niveau de la courte durée de cette production (à peine 30 minutes) que l’absence de prise de risque, que Beirut a appuyé fermement sur le pilote automatique et c’est franchement dommage, car le groupe est capable de beaucoup mieux. Quelques chansons font le travail, on pense à l’entrée en matière Gibraltar, le petit penchant soft-rock de August Holland, les arrangements somptueux de cordes dans As Needed ainsi que la frémissante et conclusive So Allowed. Néanmoins, ce n’est pas assez pour atteindre la note de passage.

Un disque de Beirut n’est jamais indigeste, mais une forte impression de déjà vu nous a foncièrement agacés tout au long de l’écoute et même si on ressent une immense empathie pour les durs moments vécus par Condon, on ne peut s’empêcher de penser que ce No No No fait figure de parent pauvre dans la discographie de la bande. Une petite déception.

Ma note: 5,5/10

Beirut
No No No
4AD
30 minutes

http://beirutband.com/#nonono

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