Critiques

Xiu Xiu

OH NO

  • 54 minutes
7,5

Il faut se méfier des albums collaboratifs. Souvent, ces créations servent à mettre à fin à une entente avec une maison de disques ou simplement à camoufler le manque d’inspiration d’un artiste. Ces albums favorisent beaucoup trop l’interprétation d’un artiste invité au détriment de la personnalité sonore de l’artiste-hôte. La plupart du temps, l’auditeur plonge dans une œuvre incohérente, comme un sac fourre-tout contenant plusieurs objets disparates et inutiles.

Dans le cas de Xiu Xiu — projet expérimental mené par le torturé Jamie Stewart —, la crainte d’entendre une musique sans âme et sans caractère était somme toute minuscule. La semaine dernière, Xiu Xiu nous proposait un album intitulé OH NO. Réunissant plusieurs de ses amis et autres artistes qu’il respecte, Stewart a trouvé son compte, humainement parlant, du moins selon ce qu’il a affirmé au magazine français Les Inrockuptibles : « Les artistes invités reflètent le type de personnes qui m’ont aidé à reconnaître que le ratio de bons êtres humains versus les humains merdiques représentant plus une sorte de 60/40, même si j’ai supposé longtemps que cette statistique soit d’environ 1/99 ».

En 2019, Xiu Xiu avait proposé le déconcertant Girl with Basket of Fruit ; disque qui suivait le superbe Forget (2017) ainsi que la relecture totalement réussie de la trame sonore de la mythique série Twin Peaks, Xiu Xiu Plays the Music of Twin Peaks (2016). Stewart est un créateur qui aime garder ses adeptes sur le qui-vive, le meilleur côtoyant parfois le pire. Sur OH NO, le summum domine largement sans que le pénible pointe le bout de son nez. Avec des collaborateurs de la trempe de Sharon Van Etten, Drab Majesty, Greg Saunier (Deerhoof), Agnus Andrew (Liars), Owen Pallett, Chelsea Wolfe, Twin Shadow et Liz Harris (Grouper), entre autres, le ratage était difficilement envisageable.

Évoquant autant la beauté expérimentale d’un Scott Walker que l’électro-rock lo-fi, ce sont les vocalises résolument dramatiques de Stewart qui se démarquent au fil des écoutes. S’ajoutent à ces émouvantes pièces de superbes salves synthétiques ainsi que les habituels chuchotements et élucubrations du meneur. Même si OH NO est un album collaboratif dans lequel on peut entendre l’individualité distinctive des artistes qui accompagnent Xiu Xiu, on ne perd jamais le caractère expérimental, glauque et gothique de la musique de Stewart.

En milieu de parcours, grâce en partie à la participation d’Owen Pallett, on atteint un véritable climax émotionnel avec la conclusion triomphale de I Dream of Someone Else Entirely. Bien entendu, le lugubre prend la place qui lui revient dans One Hundred Years ; une chanson interprétée en compagnie de la prêtresse gothique, Chelsea Wolfe. Dans Rampus Room, Angus Andrew (Liars) nous téléporte, dans un futur pas si lointain, sur une piste de danse remplie de cyborgs…

Mais la surprise ultime de ce disque est la contribution de Liz Harris (Grouper). A Bottle of Rum méduse l’auditeur par son intelligibilité, surtout quand on connaît les tendances respectives des deux artistes à brouiller les pistes, dans le cas de Stewart, ou à verser dans un mode parfaitement contemplatif, en ce qui concerne Harris. Même si un morceau comme A Classic Screw, exécuté en compagnie de Fabrizio Modonese Palumbo, pourrait rebuter le mélomane plus conventionnel, la vaste majorité des chansons de cette nouvelle production bouleverse sincèrement.

L’apport de tous ces artistes à la musique de Xiu Xiu met un peu de lumière et d’ordre dans les délires baroquisants de la formation, et ce, sans ruiner la singularité de la démarche de Stewart.

Un rare album collaboratif pertinent.

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