Critiques

Wolf Alice

Blue Weekend

  • RCA Records
  • 2021
  • 41 minutes
6,5

Les chouchous de la presse britannique sont de retour avec un nouvel album intitulé Blue Weekend. Formé en 2010 et mené par Ellie Roswell, Wolf Alice a démarré sa carrière sur des chapeaux de roues avec l’excellent My Love Is Cool (2015) ; création encensée unanimement par tout ce qui gravite autour de l’indie-rock anglais. Les Londoniens ont ensuite confirmé leur statut avec la parution de Visions Of A Life (2017) ; un long format qui leur a permis de rafler le Mercury Prize en 2018, devançant au fil d’arrivée les compatriotes King Krule, Florence + The Machine et Arctic Monkeys. Vous dire à quel point les attentes étaient élevées à l’égard de ce Blue Weekend est un euphémisme.

En confiant la réalisation à Markus Dravs (Arcade Fire, Coldplay, etc.), Wolf Alice tente d’élargir son « cercle d’amis ». C’est d’une évidence incontestable. Les fans de la formation les retrouveront donc en mode adouci et apaisé. Ce choix conscient a, semble-t-il, un lien direct avec le confinement imposé par la pandémie. En effet, les membres du groupe ont dû séjourner dans le studio d’enregistrement pendant une très longue période. Ce ralentissement forcé a permis au groupe, et surtout à Markus Dravs, de réévaluer et de remanier les chansons déjà enregistrées.

D’importantes modifications ont donc été apportées aux structures chansonnières et au son d’ensemble de l’album. Même si les allers-retours abrasifs et planants, si caractéristiques de la personnalité sonore de Wolf Alice, sont toujours présents, l’approche créative est manifestement très planifiée et équilibrée. La maîtrise, tant au niveau de l’exécution que de la réalisation, est telle qu’on note un important déficit de fougue dans l’interprétation des chansons. La voix de la charismatique chanteuse, moins éthérée et plus immédiate, peut parfois irriter.

Néanmoins, cette démarche semble pleinement assumée par la principale intéressée. Dans Smile, Roswell exprime clairement sa confiance dans ses capacités créatives :

I am what I am and I’m good at it

And you don’t like me

Well, that isn’t fucking relevant

– Smile

Puisque Wolf Alice est un groupe talentueux qui sait écrire de bonnes chansons, Blue Weekend saura sustenter les admirateurs de la formation. Smile et Lipstick On A Glass arpentent les chemins du shoegaze « grungisant », mais de manière domestiquée. How Can I Make It OK ? est une bonne pièce de pop synthétique qui mise sur une mélodie remémorant le travail de Stevie Nicks. Le refrain dans Delicious Things est superbe. En contrepartie, la pop-punk douloureusement juvénile titrée Play the Greatest Hits exaspère et les « radio friendly » Safe From Heartbreak (if you never fall in love) et The Last Man On Earth sont beaucoup trop pop pour séduire l’auteur de ces lignes.

Ce nouvel album n’atteint vraiment pas les standards établis par Visions Of A Life. Malgré tout, Wolf Alice demeure une valeur sûre de l’indie-pop-rock britannique. Blue Weekend est un disque élégant, raffiné, mais qui souffre d’un excès de perfectionnisme.

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