Critiques

Wet Leg

Wet Leg

  • Domino Records
  • 2022
  • 37 minutes
7,5

On ne compte plus le nombre d’artistes ayant été sacrés « sauveurs de l’indie rock » avant même la sortie d’un album. Dans le cas du duo Wet Leg, on en entend parler depuis si longtemps qu’on s’étonne qu’elles lancent maintenant leur premier disque. Alors, hype surfaite ou engouement réel? Les cyniques choisiront la première option, mais dans les faits, force est d’admettre que c’est un solide record.

Wet Leg, ce sont deux filles (Rhian Teasdale et Hester Chambers) originaires de l’île de Wight, en Grande-Bretagne. Recrutées par le label Domino, elles ont fait paraître un premier simple, l’accrocheuse Chaise longue, en juin 2021, générant des millions d’écoutes sur les plateformes d’écoute en continu. La sortie d’un deuxième simple (Wet Dream) en septembre dernier, des apparitions à la télé et un début de tournée marqué par une série de salles combles n’ont fait qu’amplifier le buzz, générant des attentes démesurées chez certains, et un scepticisme chez d’autres.

Musicalement, Wet Leg s’inspire de toute une vague de courants alternatifs ayant marqué les 45 dernières années. Il y a des influences post-punk dans les guitares et les rythmiques, mais enrobées dans un vernis résolument pop. On y entend aussi un côté indie slacker à la Courtney Barnett ou Pavement (particulièrement évident sur un titre comme Convincing) combiné à des textes semi-drôles semi-ironiques sur la vingtaine dans la nouvelle tradition de chanteuses pop telles Olivia Rodrigo.

Là où Teasdale et Chambers touchent particulièrement la cible, c’est dans la force des mélodies. Toutes les chansons sont portées par un refrain super accrocheur qu’on ne peut s’empêcher de fredonner. Leur ton à la limite de la nonchalance fonctionne lui aussi à merveille avec le type de rythmiques carrées et les variations d’intensité entre les différentes sections, comme sur la courte, mais efficace Being in Love en lever de rideau. Oui, ça fait un peu bonbon par moments, mais on aurait tort de bouder notre plaisir. Après tout, si c’est bon pour The Strokes, pourquoi pas ici?

Le principal défi pour un groupe qui suscite un engouement immédiat à ses premiers simples est de réussir à maintenir le même type d’intérêt dans le contexte d’un album complet. Pour les filles de Wet Leg, la recette passe par ce large éventail d’influences auquel elles s’abreuvent. Qu’elles puisent dans le rock psychédélique manière sixties (étonnante Angelica, qui alterne entre couplets flower power et refrain grunge) ou la Britpop des années 90 à la Blur (sympathique Supermarket), les deux musiciennes s’assurent de créer suffisamment de contrastes entre les morceaux pour éviter d’être accusées de surfer simplement sur la vague de leurs premiers succès.

On a un peu tendance à considérer Wet Leg comme s’inscrivant dans le renouveau post-punk qu’on observe chez les groupes britanniques depuis quelques années. Oui, le duo a travaillé avec Dan Carey (Fontaines D.C., black midi) pour la réalisation de son premier album, mais celui-ci a su créer une enveloppe sonore qui convient bien à l’aspect rassembleur des chansons, sorte de juste milieu entre une approche DIY (bien rendue sur Chaise longue, entre autres) et quelque chose d’un peu plus commercial et lisse, qui évoque les productions de Franz Ferdinand (sur Oh No).

S’il y a un reproche qu’on peut faire à ce premier album de Wet Leg, c’est qu’il tente de plaire à tous les publics en même temps. J’ai mentionné le rapprochement avec Courtney Barnett, mais j’aurais pu aussi citer le clin d’œil forcé à Bowie (qui ne l’a pas fait, celle-là) sur I Don’t Wanna Go Out, ou le post-punk façon Dry Cleaning sur Too Late Now. Il y a aussi des rimes un peu faciles du genre « I tried to meditate but I just medicate » ou « You’re so woke / Diet Coke », mais ça passe.

En fin de compte, ce n’est pas la faute du groupe si la presse musicale spécialisée est sans cesse à la recherche d’une nouvelle saveur du mois. Comme c’est souvent le cas, ce buzz exagéré ne rend pas service à l’artiste. Pendant que des publications comme le NME s’empressent d’encenser Wet Leg comme un classique instantané, d’autres vont lever le nez sur l’album en décriant la hype parce que c’est la posture cool à prendre dans les circonstances. C’est plate à dire, mais la vérité se situe entre les deux : pas le chef-d’œuvre annoncé, mais un album super efficace quand même.