Critiques

Wasted Shirt

Fungus II

  • Famous Class
  • 2020
  • 32 minutes
7,5

Ty Segall n’a plus besoin de présentation. Bon an mal an, le prolifique rockeur nous gratifie d’un album réalisé soit avec un groupe (Ty Segall Band, Freedom Band, etc.) soit en mode solo ou encore en format collaboratif. Cette fois-ci, Segall coopère avec Brian Chippendale, batteur trépidant de la formation rock expérimentale Lightning Bolt. En juillet dernier, les deux musiciens se sont réunis au studio maison de Segall. Ainsi est né Wasted Shirt qui nous propose son premier album en carrière intitulé Fungus II.

Dans le cadre de son émission de radio hebdomadaire diffusée sur KCRW, l’ex-maître à penser du punk hardcore américain, Henry Rollins, parlait en termes élogieux de ce Fungus II : « The album is exploding euphoria from start to finish. The more you play it, the better it kabongs you upside down ». Même si bien souvent le père Rollins verse dans la surenchère, il a parfaitement raison.

Segall et Chippendale assaillent littéralement nos oreilles avec un rock effréné et fortement inspiré par le free-jazz. Cris d’épouvante, basse volcanique, guitares saturées à l’excès, batterie endiablée, toute cette instrumentation, élémentaire de prime abord, forme une bouillie sonore qui pourra paraître indigeste au mélomane délicat, mais ceux qui persévéreront seront récompensés au centuple.

Fungus II est un délire quasi psychotique (voire la pièce-titre) qui met en vedette deux virtuoses qui jouent comme s’ils avaient passé quelques jours à consommer des amphétamines en évitant obstinément le sommeil.

La chimie entre les deux instrumentistes est indéniable. Ils soutirent de leurs instruments respectifs des rythmes turbulents et des sons presque sadiques. Mais par-dessus tout, c’est le jeu de batterie frénétique de Chippendale qui donne un sens à ce disque. Les fans de Segall pourraient être quelque peu désarçonnés par la proposition, mais ceux qui suivent la carrière du batteur ne seront pas surpris.

Impossible de ne pas « headbanger » à l’écoute de Zeppelin 5 : riff imparable et mélodie enfantine qui propulsent la chanson dans une sorte de perversion sonore. Dans The Purple One, la guitare acoustique hyperactive se marie parfaitement à la dextérité rythmique de Chippendale. L’extrait Double the Dream est d’une violence pulsative inouïe. Harsho sonne comme si Pink Floyd venait de consommer de la cocaïne et la conclusive Four Strangers Enter the Cement at Dusk nous escorte dans un univers stoner métal, mais toujours avec ce côté euphorique qui constitue l’essence même de cet album.

Objectivement, Fungus II n’est pas destiné à toutes les oreilles, mais pour ceux et celles qui affectionnent le rock sauvage et décomplexé, vous serez comblés par le duo Segall-Chippendale.

Et on souhaite que ce ne soit que le début d’une longue aventure.