Critiques

War on Women

Wonderful In Hell

  • Bridge Nine Records
  • 2020
  • 42 minutes
7,5

En temps troubles, les brasiers sont souvent allumés par une minorité d’incendiaires irresponsables, à gauche comme à droite de l’échiquier politique. En ce moment, L’Occident est en mode sabotage ou en régression, c’est selon. Certaines contestations s’appuient sur des valeurs humanistes alors que d’autres reposent sur des postulats individualistes ou tout simplement fantaisistes.

Malgré la virulence des propos véhiculés dans leurs chansons, la formation punk féministe et mixte War on Women est totalement crédible dans ses revendications. Depuis ses débuts, le quintette originaire de Baltimore, Maryland, aborde des sujets difficiles : culture du viol, harcèlement sexuel, écart salarial entre les hommes et les femmes, transphobie, etc. Bien sûr, ces coups de gueule sont nourris par une détestation profonde du pyromane en chef qui dirige actuellement le pays au sud de la frontière. Toute cette rancœur a été canalisée dans un premier album intitulé Capture the Flag (2018).

Shawna Porter (voix), Brooks Harlan (guitare), Jennifer Vito (guitare), Dave Cavalier (batterie) et Sue Werner (basse) reviennent à la charge avec une nouvelle création titrée Wonderful In Hell. Réalisé par Brooks Harlan lui-même, avec l’aide du vétéran J. Robbins (Jawbox, Burning Airlines), on retrouve War on Women au même endroit que sur le précédent effort à la différence que les chansons sont encore plus explosives. Et ce n’est pas étranger au travail de réalisation orchestré par Harlan et Robbins.

Déterminée, engagée et fière, la chanteuse-parolière Shawna Porter n’a pas encore fini d’en découdre avec le patriarcat capitaliste. Dans Milk and Blood, elle s’en donne à cœur joie :

« This womb just another wound

These heels and paint, another trap

Let’s make it difficult to move

When you’re dead still, you’re beautiful

Consume and suck and eat and fuck »

– Milk and Blood

La pièce introductive, Aqua Tofana, est une référence directe à un poison mis au point par Giulia Tofana; une figure historique du XVIIe siècle qui, à l’époque, dirigeait une entreprise prospère. Elle vendait cette substance aux femmes qui mourraient d’envie d’assassiner leurs maris abusifs. Percutant.

« My husband prepare for death

I gave you the time to repent

But time’s up, yeah you have to go

Your whole kind had a good run

We’re left with no other option

So time’s up yeah you have to go »

– Aqua Tofana

On ne peut que garder le silence devant autant de frustrations réprimées; des années à être considérée comme une citoyenne de seconde zone ont eu raison de la patience de Porter.

Le ton est menaçant et fielleux. Les riffs sont de véritables marteaux-piqueurs inspirés par la mouvance hardcore, mais War on Women demeure accessible grâce à son sens mélodique. Le refrain dans la pièce-titre avoisine la pop-punk sans y succomber totalement. C’est cet équilibre entre accessibilité et indignation qui crédibilise l’approche de la formation.

S’ajoute à ces ascendants un je-ne-sais-quoi émanant de l’univers du métal qui vient bonifier le son déjà redoutable du quintette. White Lies, Milk and Blood (du Mötorhead en mode punk), The Ash is Not the End flirtent tous avec le hard-rock. Her est une génuflexion à peine voilée au jeu de guitare de Tom Morello, mais aussi à l’approche vocale martelée de Zach de la Rocha, tous deux membres de Rage Against the Machine. Le punk-hardcore pur jus est toujours aussi bien représenté avec des pièces comme Big Words, Seeds et In Your Path.

War on Women est un groupe essentiel par les temps qui courent. Si vous aimez L7, Hole et la formation philadelphienne Low Dose, vous serez « crinqués » pas à peu près par les injonctions de Shawna Porter.

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