Critiques

Voivod

The Wake

  • Century Media Records
  • 2018
  • 56 minutes
7

Quand on veut marier musique et science-fiction, qui plus est « made in Québec », on pense automatiquement à Voivod. Et écouter The Wake, c’est comme voyager à travers un labyrinthe de hiéroglyphes qu’on veut prendre le temps d’observer et de décortiquer. C’est un album de métal « cosmique », qui met de l’avant des chansons somme toute assez longues, mais jamais redondantes.

Depuis 1984, les titans du métal québécois ne cessent d’innover. Fiers représentants de la province et du pays depuis plus de 35 ans, ils ont présenté le 21 septembre dernier leur quatorzième album studio (parmi beaucoup d’autres EP, albums live, démos et compilations). Entre le retour aux sources de Target Earth (2013), où on pouvait entre autres entendre des chants de gorge inuit, et The Wake, il y a eu Post Society, un EP de cinq chansons lancé en 2016.

Concernant le line-up, depuis 2014, Dominic « Rocky» Laroche remplace Jean-Yves Thériault, alias Blacky, à la basse. Il est présent sur les albums depuis Post Society. Daniel Mongrain (Chewy) est un peu la « réincarnation » du son de Denis D’Amour (Piggy); il réussit si bien à capturer l’ADN de Voivod, tout en y ajoutant sa touche personnelle ! Voivod n’arrête jamais d’innover, et ses deux piliers indétrônables, Denis « Snake » Bélanger et Michel « Away » Langevin, sont toujours bien présents et très efficaces.

Un quatuor à cordes est présent sur plusieurs pièces, dont notamment Iconspiracy, qui sonne presque black metal (!). On peut également apprécier les cordes sur l’excellente outro de Sonic Mycelium. Autre nouvel élément dans la musique du groupe : une guitare acoustique, qui rajoute des textures intéressantes. Ces deux ajouts n’adoucissent cependant pas la musique ! Ils la mènent à un niveau supérieur.

Un peu plus de pesanteur aurait été la bienvenue, à travers l’album dans son entièreté, comme sur Negatron (1995) et Phobos (1997). D’ailleurs, The Wake rappelle certains aspects de Nothingface (1989) et même d’Angel Rat (1991), mais il est toutefois moins « commercial » (remarquez les guillemets) que ce dernier. En effet, Voivod n’est peut-être pas accessible à tous… Car avec The Wake, on passe près d’une heure dans un labyrinthe, où des intraterrestres ouvrent la marche… Ceux-ci échafaudent des formules élaborées et parfois trop avancées pour nous, pauvres mortels ! C’est un album chargé, constitué de mailles microscopiques. Voivod canalise des messages codés transmis du futur; une transmission faite à la manière de hiéroglyphes musicaux. On pourrait même dire qu’ils ont créé leur propre langage d’aliens, qu’on prend plaisir à déchiffrer.

Mais ils écrivent tout de même de vraies paroles ! La plume apocalyptique de Snake fait encore rage sur The Wake, où les excellents textes démontrent que ce chanteur n’a pas perdu une once de sa verve. Côté performance, on dénote les voix superposées, de même que les screams, qui sont remarquables sur Event Horizon.

Voivod dénonce la surutilisation des médias sociaux sur Obsolete Beings:

« Over-obsessed with comments feed
Distracted by some silly scenes
You are someone, like everyone
Hypnotised and plastified
You might forget to live your life
Wasting your days, expiring date »

-Obsolete Beings

The End of Dormancy évoque un lointain monde sous-marin avec son sonar, de même qu’une marche militaire où le protagoniste semble avoir été enlevé par des créatures. Always Moving ressort particulièrement de l’album, ainsi que Event Horizon, qui parle de l’implantation de la puce RFIDc:

« Since your birth
A microchip implanted under your skin
Where you are, what you do
They sure know everything
No privacy, no dignity, no self whatsoever
This entity, identity, you’re a barcode number »

-Event Horizon

Si le medley de Sonic Mycelium s’avère un peu répétitif (il reprend des parties des chansons de l’album dans un ordre différent), celui-ci constitue un excellent aperçu pour qui aurait envie de découvrir l’album en 12 minutes. Mais qui voudrait faire ça, alors qu’on peut se gâter avec l’écoute complète de cet opus ? The Wake, un album entrelacé de façon très dense, peut-être difficile pour les non-initiés, mais un vrai délice pour les oreilles plus habituées.

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