Critiques

The World Is A Beautiful Place & I’m No Longer Afraid to Die

Illusory Walls

  • Epitaph Records
  • 2021
  • 70 minutes
8
Le meilleur de lca

Illusory Walls symbolise le retour de The World is A Beautiful Place & I Am No Longer Afraid to Die, ce fameux band emo / post-rock au nom plus long qu’un haïku. Conçu pendant la dernière année et demie, le quatrième long jeu du quintette américain est synonyme de reconstruction, voire de renaissance, à la suite du décès du cofondateur Thomas Diaz en 2018.

Depuis, TWIABP a trimé dur afin de se réunir, réchauffant la plupart du temps, l’asphalte entre le Connecticut et la Pennsylvanie. Mené par les voix de David Bello et Katie Dvorak, Illusory Walls est, de loin, le plus dense et le plus complexe labeur du groupe depuis ses débuts en 2009. Nos oreilles hébergent donc une véritable multiplication d’une multitude de strates cordées surplombant un vocal grinçant doublement épique. Cette combustion sonore, entrechoquée d’une poésie viscéralement mélancolique, génère un produit d’élévation hors-norme. Un résultat de 11 morceaux cryptiques sombrement mythiques étalés sur 70 minutes. Connaissant l’historique stylistique de TWIABP, cette recette terriblement chargée est, disons, assez étonnante. Malgré cette amplification technique, les ingrédients de base sont toujours au rendez-vous : l’authenticité créative et la description tantôt cynique, tantôt enthousiaste épurée du quotidien.  D’ailleurs, ce sont, entre autres, grâce à ces éléments que TWIABP a su se démarquer dans le large spectre du son emo et du second souffle du genre au tournant des années 2010. Avec cet album, je les place dorénavant sur un podium d’appréciation personnelle aux côtés de géants tels que Sunny Day Real Estate et American Football.

Leur «réincarnation» de style témoigne, à mon humble avis, d’un réel effort imaginatif et force est d’admettre que l’aboutissement est succulent. Mon seul constat foncièrement négatif sur Illusory Walls est sans doute dans le choix de la pochette. Cette illustration grisonnante ne rend pas hommage à la puissance du contenu, surtout que de nombreux groupes métal et/ou post-punk utilisent ce type de couverture. Heureusement, des pièces détenant des titres poétiquement inventifs comme We Saw Birds through the Hole in the Ceiling ou Your Brain is a Rubbermaid pique habilement notre curiosité. Si la durée de l’œuvre semble colossale à première vue, les deux récits en fin d’album Infinite Josh et Fewer Afraid brouillent les cartes, considérant qu’elles comptent respectivement pour 15:39 et 19:44 minute. Le dénouement à deux sorties, particulièrement engourdissant, est un doux baume pour ceux et celles qui sortent «écorché» par la «lourdeur» de quelques pièces précédentes. Soulignons l’audace de TWIABP de nous garrocher une demi-heure de math rock, aliénant du fait de sa répétition, pour conclure un album.

The objects

We’re locked in, immobile and violent

Just fewer like that

You were afraid

(They rose and shook, I barely stood)

(They rose and shook the blood off)

– Fewer Afraid

J’ai l’impression que sur Illusory Walls, la richesse de l’instrumentation camoufle parfois une prose sous-estimée. Vous ferez l’exercice de décortiquer les textes et de les écouter attentivement, si le cœur (brisé) vous en dit. Outre les deux interludes dépouillés que sont Blank // Drone et Blank // Worker, nous devons, sur cette galette en particulier, creuser minimalement afin d’apprécier pleinement les plumes de Bello et Dvorak. Même si l’harmonie des deux voix est une force indéniable chez TWIABP, saluons aussi l’apport tourbillonnant de Chris Teti à la guitare. En lenteur comme en vitesse, le grand fan de Rage Against The Machine n’a visiblement (« auditivement » parlant) rien à envier à Tom Morello sur cette quatrième réalisation. Justement, c’est une réalisation de haute voltige pour un groupe à découvrir, redécouvrir et couvrir, si la chance le permet.

Suggestion de la rédaction : écoutez-le deux ou trois fois avant de vous faire une idée éclairée de cette costaude chose.