Critiques

The War On Drugs

I Don’t Live Here Anymore

  • Atlantic Records
  • 2021
  • 52 minutes
6,5

Déjà un cinquième long format en carrière pour la formation menée par Adam Granduciel. En 2014, avec la parution de Lost in the Dream, The War on Drugs agrandissait son public en profitant d’un virage sonore qui pointait en direction d’un « heartland rock » à la Springsteen/Petty. L’excellence de cet album résidait surtout dans ces subtils moments psychédéliques et rêveurs camouflant brillamment la linéarité des chansons de Granduciel.

En 2017, ce fut la consécration pour le Philadelphien d’origine et ses accompagnateurs. A Deeper Understanding laissait en plan les atmosphères lunaires pour explorer un son plus direct. Or, c’est la haute charge émotionnelle de certaines chansons, Pain et Thinking of a Place en tête de liste, qui compensait pour cette désertion. Bilan des courses ? En 2018, le groupe remportait le GRAMMY remis au meilleur album rock. Quelques jours après avoir gagné ce prix, Granduciel s’est remis rapidement à la tâche, avec en tête cette incessante obsession pour le son parfait, à défaut de donner un sérieux coup de barre dans ses tics compositionnels et mélodiques…

I Don’t Live Here Anymore affiche les mêmes ambitions épiques que les deux albums mentionnés précédemment et la même fascination pour le rock satiné des années 80. Même si on apprécie le travail de Granduciel, le réalisateur, l’éviction de tous ces effets sonores immatériels mettent en la lumière la répétitivité créative du songwriter. Sans la charge émotionnelle qui caractérisait A Deeper Understanding, les chansons de ce nouvel album deviennent prévisibles.

Quelques pièces tombent carrément à plat. Victim est une tentative synthétique trop maladroite pour être intéressante. Le refrain de la pièce-titre nous replonge dans ces hymnes rassembleurs qui pullulaient au beau milieu des années 2000. Dans Change, le piano sonne carrément comme celui de Bruce Hornsby. Dans I Don’t Wanna Wait, le changement d’accord menant au pont semble forcé et c’est sans compter sur cette approche vocale calquée sur celle de Bryan Adams.

En contrepartie, dans Old Skin, tout le savoir-faire de Granduciel est réuni : une montée dramatique, typiquement The War on Drugs, menant à une conclusion frémissante. Malgré le mimétisme de l’écriture chansonnière de Jeff Tweedy (Wilco), l’introductive Living Proof émeut vraiment. Dans la conclusion de Occasionnal Rain, le son de guitare, remémorant celui de Mark Knopfler (Dire Straits), est un véritable pourvoyeur de frissons.

Sans atteindre de hauts standards littéraires, les textes de Granduciel, évoquant le retour utopique aux endroits et aux visages qui ont marqué sa jeunesse, sont somme toute bien tournés :

Workin’ my whole life

To follow my father’s dream

Then watch it fade away

– Old Skin

Maybe I’ve been gone too long

I can’t go back

– Living Proof

Tout compte fait, ce nouveau chapitre dans la carrière de The War on Drugs laisse entrevoir un déclin créatif. Néanmoins, avec l’apport d’une oreille extérieure qui saurait remettre en question la méthode de travail de Granduciel, celui-ci pourrait peut-être réussir à s’éloigner de ses manies compositionnelles et de ses routines mélodiques.

I Don’t Live Here Anymore est un bon album de « dad-rock » destiné au mélomane adulte plus ou moins aventureux. Assurément, il y trouvera le réconfort nécessaire pour poursuivre sa route vers le néant.

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