Critiques

The Nels Cline Singers

Share the Wealth

  • Blue Note Records
  • 2020
  • 79 minutes
8
Le meilleur de lca

Nels Cline a élargi son auditoire le jour où il est devenu un membre à part entière de la formation indie-rock Wilco. Le guitariste, qui porte magnifiquement bien ses 64 ans, a participé à un nombre incalculable d’albums, et ce, dans une panoplie de genres musicaux. Cline ne s’est jamais cantonné dans un style ou un autre; une preuve flagrante de l’immense talent d’instrumentiste qui le caractérise. Le virtuose a collaboré avec son frère jumeau, et percussionniste, Alex, et avec de vénérables musiciens rock comme Thurston Moore, Mike Watt et, bien sûr, Jeff Tweedy.

En plus d’être talentueux, l’homme a toujours fait preuve d’une indéniable générosité créative, toujours au service du collectif plutôt qu’asservie à son égo. Et c’est cette attitude ouverte et bienveillante qui l’a poussé à fonder The Nels Cline Singers; une formation de free jazz formé de Scott Amendola (batteur), Trevor Dunn (bassiste et membre intermittent des Melvins), Skerik (saxophoniste punk-jazz), Brian Marsella (claviers, Fender Rhodes) et Cyro Baptista (percussionniste brésilien de réputation internationale).

À la mi-novembre, The Nels Cline Singers nous proposait Share the Wealth. Enregistré en deux courtes sessions sous la direction de Cline et avec l’aide d’Eli Crews (Marc Ribot, Laurie Anderson), Share the Wealth se distingue grâce à ce superbe groupe qui n’avait jamais joué ensemble, en direct, avant cet enregistrement. Une prise de risque intéressante, mais qui ne transpire d’aucune manière tant l’exécution de ces dix improvisations est sans failles.

Nels Cline et ses accompagnateurs nous présentent un périple musical qui nous replonge dans l’univers jazz fusion qui faisait irruption au tournant des années 70. On pense au maître : le Miles Davis de Bitches Brew. On pense aussi à l’œuvre de John McLaughlin, particulièrement à la discographie du Mahavishnu Orchestra. La formation ajoute juste assez de modernité pour que Share the Wealth ne soit pas un pastiche d’une époque révolue.

Le funk/punk, un peu bruyant, entendu dans The Pleather Patrol en est la preuve. L’expérimentale Aschan Treasure fait essentiellement usage de bourdons, de notes éparses maintenues et répétées. Dans Beam/Spiral, l’ascendant indie-rock que Cline exploite dans Wilco est ici utilisé à très bon escient.

Mais la pièce maîtresse de cet excellent disque est Stump the Panel. Multicolore et défiant tous les styles, cette pièce d’une durée de dix-huit minutes est un festival de virtuosité. Le Fender Rhodes de Marsella évoque un certain psychédélisme. La section rythmique funk/punk de Dunn et Amendola nous fait taper du pied. Cline et Skerik survolent l’ensemble avec une approche atonal qui confère un caractère singulier à ce chef-d’œuvre : une bête punk-jazz somme toute assez brutale.

Quand des prodiges s’unissent pour créer une œuvre complètement improvisée, on peut se retrouver devant une surenchère de dextérité souvent indigeste et égocentrique. Pas cette fois-ci. Tous ces musiciens dialoguent et échangent dans le seul et unique but de rendre la conversation passionnante.

Share the Wealth est un disque puissant, un brin provocateur, d’une spontanéité rafraîchissante et qui ne fait aucun compromis… à l’image de Nels Cline!

2 commentaires

  1. Steve Naud, le 2020-11-30 à 07:04

    Merci pour cette critique, Stéphane. Un super album signé par un des musiciens les plus polyvalents qui soient!

    • Stéphane Deslauriers, le 2020-11-30 à 12:05

      Merci Steve… pas besoin de préciser que ça fera partie de mon top 25 de l’année !

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