Critiques

Strangelight

Adult Themes

  • Indépendant
  • 2020
  • 25 minutes
7,5

Strangelight est un quatuor punk originaire de la ville d’Oakland en Californie. Le nom du groupe est inspiré d’une chanson de Fugazi parue sur le génial The Argument (2001); l’ultime création en carrière de cette importante formation états-unienne. Il y a une quinzaine d’années, le chanteur-guitariste Nat Coghlan et la batteuse Julia Lancer collaboraient déjà à l’écriture de quelques brûlots, mais ces chansons n’ont jamais vu le jour.

Coghlan et Lancer se sont retrouvés et ont rameuté Tony Texeira et Ian Miller afin de replonger dans ces vieux morceaux laissés pour compte.  Au printemps dernier, tout ce beau monde s’est réuni en studio, tout juste avant le sévère confinement imposé par l’état californien. Le 23 octobre dernier était lancé Adult Themes.

Comme le titre de cette production l’indique, Strangelight nous propose un périple dans la monotonie de la vie d’adulte nord-américaine : le boulot de 9 à 5, le prêt hypothécaire à rembourser, le plan de retraite et la frustration de ne jamais trouver de stationnement au centre-ville, entre autres. Comme vous pouvez le constater, il n’y a aucune différence entre le quotidien d’un Californien et celui d’un Montréalais…

Venimeux et sarcastique, ce premier album de Strangelight ouvre grand les volets sur toutes ces situations harassantes qui meublent notre vie de tous les jours. Et Nat Coghlan n’a aucunement l’intention de dissimuler le fond de sa pensée. Selon lui, nous sommes tous et toutes aliénés par le mode de vie imposé par le capitalisme néo-libéraliste. En réalité, ces chansons servent de porte-voix à nos souffrances journalières qui, bien souvent, en camouflent d’autres, encore plus incommodantes (anxiété, isolement, dépression, etc.).

Dans Heaven’s Parking Lot, Coghlan crache son fiel sur l’obstination maladive de l’automobiliste nord-américain à vouloir garer sa « machine », à n’importe quel prix, dans un centre-ville où les aires de stationnement sont inexistantes.

« I’m gonna beat the rush

And be buried alive »

– Heaven’s Parking Lot

Musicalement, on pense fortement à toutes ces formations post-hardcore des années 90, Hot Snakes et Rocket From The Crypt en tête de liste. Mais ce qui singularise la musique de Strangelight, c’est cette subtile mixture entre un post-punk assez abrasif et un fort penchant garage-rock. Ce mélange crédibilise l’approche musicale du quatuor malgré la répétitivité de certains motifs. Avec une section rythmique plus agile et des guitares plus variées, ce disque aurait mérité une meilleure appréciation.

Qu’à cela ne tienne, le punk-rockeur qui sommeille en vous reprendra vie à l’écoute de Gold Rolex; pièce sur laquelle Coghlan scande un « don’t know what to do with these thoughts » bien senti. On « headbagne » nos vies sur Object Permanence, Effortless et Heaven’s Parking Lot.

Adult Themes n’est pas un album inventif, tant s’en faut. Mais c’est un disque terriblement efficace conçu par des musiciens qui maîtrisent tous les codes du punk rock. Parfois, c’est tout ce que ça prend pour passer un excellent moment.