Critiques

Dominique Fils-Aimé

Stay Tuned!

  • Ensoul Records
  • 2019
  • 38 minutes
8,5
Le meilleur de lca

Dominique Fils-Aimé est très productive. Un an après avoir sorti Nameless, son premier album, elle présente ces jours-ci la deuxième partie de son triptyque déjà annoncé. Ça s’intitule Stay Tuned! et… ça incite plus que jamais à lui prêter attention.

Ancienne participante de l’émission La voix en 2015 , elle s’y était déjà démarquée avec un son très soul et des influences jazz évidentes dans sa façon de chanter. Pour sa carrière solo, elle a amorcé une démarche loin de ce qu’on aurait pu s’attendre d’une personne ayant passé par un circuit mainstream. Nameless parlait de l’histoire afro-américaine en multipliant les clins d’œil aux figures marquantes. Dominique Fils-Aimé a même repris deux chansons iconiques de Billie Holiday et Nina Simone (Strange Fruit et Feeling Good, respectivement).

Stay Tuned! s’inscrit lui aussi dans cette volonté de parler de l’histoire des Noirs, mais sous un angle différent. Dans Nameless, il était question de la souffrance et de la lourdeur de l’histoire. Ici, c’est beaucoup plus l’émancipation. La révolution, la volonté de liberté et la revendication se retrouvent partout dans les textes. Dans le premier extrait Constructive Interference, elle parle beaucoup du pouvoir dont la communauté a besoin: « I can tell just by your fate you need the way out, you feel this way now, go get it ». Il y a des textes où cette histoire est illustrée de façon encore plus évidente. La chanson 9LRR raconte l’histoire des “Neuf de Little Rock” – ces élèves de cette ville en Arkansas qui ont été inscrits dans une école blanche et qu’on a empêché d’entrer pour y étudier, en 1957.  En arrière-plan, on entend une voix grave dictant les noms des étudiants impliqués dans cette affaire qui a été une bougie d’allumage pour la lutte des droits civiques aux États-Unis.

La voix de Dominique Fils-Aimé sied très bien à cet album. La façon d’enregistrer donne l’impression qu’on est tout près d’elle. Sa voix est très douce sans être affectée. Elle réussit à créer un sentiment d’intimité. On ressent toute la puissance de son propos de l’intérieur. La musique est vraiment bien exécutée, avec des instruments auxquels on n’aurait pas nécessairement pensé en jazz comme le didgeridoo. Une mention spéciale doit être faite au trompettiste Hichem Khalfa et à la batteuse Salin Cheewapansri, très présents dans l’album. Elle joue avec une grande sensibilité.

Ça mérite de rester à l’écoute pour la troisième partie de sa trilogie. C’est un album d’une grande qualité avec une réappropriation des codes de la soul et du jazz fait dans le bon goût.

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