Critiques

St. Paul & the Broken Bones

The Alien Coast

  • ATO Records
  • 2022
  • 35 minutes
6

St. Paul & The Broken Bones est un groupe de soul américain fondé en 2012 à Birmingham en Alabama par Paul Janeway (voix) et Jesse Philips (basse). Le groupe compte trois albums à son actif dont le bon Half the City en 2014 avec des simples comme Call Me et surtout Young Sick Camellia en 2018 qui avait beaucoup plu aux amateurs du genre.

D’après une interview du groupe lui-même, The Alien Coast est à la convergence entre la soul et le psychédélique, entre le métal et le funk. Cela est vrai, et si les sonorités de cet album oscillent effectivement entre toutes ces influences, force est de constater que le résultat final est une version édulcorée de tous ces genres solidement identifiés.

Car hélas, par rapport à son prédécesseur de 2018, The Alien Coast est un album qui sans être mauvais, apparaît assez fade par rapport aux moments les plus moyens de Young Sick Camellia. Cette impression de retour en arrière pourra être assez déroutante pour les fans du groupe.

Dépassant à peine les 35 minutes, The Alien Coast offre une série de morceaux assez uniformes avec quelques timides efforts. Stylistiquement, il s’agit de pure soul contemporaine sans réelle surprise.

Pour les points positifs, on notera la voix de Paul Janeway. Toujours aussi bonne, elle sonne juste quoiqu’elle peut être parfois irritante. Parfaite sur des pièces comme The Last Dance, morceau dansant, agréable, à la ligne de basse groovy, elle accuse quelques faiblesses à d’autres moments comme lors de certaines envolées sur Hunter And His Hounds . Ailleurs elle fait le job, complimentant agréablement certaines jolies compositions comme la conclusive Love Letter From A Red Roof Inn, pièce entre l’intime et le baroque au premier couplet intéressant :

I’m trapped in a hotel writing shitty songs

I know that you want me to use another word

But I’m not quite the poet that you think I am

I’ll be your cliché

– Love Letter From a Red Roof

Côté paroles, The Alien Coast comporte quelques moments de brillance noyés dans une écriture souvent noire, torturée, sans la moindre once d’espoir. Le psychédélisme dont parlait le groupe peut resurgir ici et là comme dans Atlas, chanson presque colérique… pour de la soul, à l’imagerie fantasque :

Lost in pink and purple skies

Mindless robots in disguise

I don’t want a conversation

‘Bout how you feel so forsaken

Please

– Atlas

Sans compromis, presque violentes et malsaines, les paroles de The Alien Coast font surprenamment voir un monde pessimiste voué à l’échec.

Si The Alien Coast incorpore un message assez dramatique dénué d’espoir, la proposition stylistique, qui n’est jamais très originale, comporte tout de même quelques moments surprenants. C’est le cas de Popcorn Ceiling, morceau avec de nombreux passages différents où le temps se ralentit, notamment le moment où Janeway reste sur sa note pendant plusieurs secondes avant de laisser doucement retomber la pression. C’est la même chose pour le plus agressif Tin Man Love qui entremêle très bien une batterie endiablée et une guitare distordue, mais pas aussi efficace que celle sur Minotaur, très bonne pièce qui rappelle quelques faces B des Black Pumas dans la construction avec l’effet étouffé de la voix et les percussions très rondes.

Ainsi The Alien Coast se révèle être un disque plus intéressant à la deuxième écoute qu’à la première, et encore davantage si l’on se donne la peine de s’attarder sur ses paroles et son message. Cela dit, il s’agit là d’un disque assez faible musicalement, dont les idées sont trop peu nombreuses pour accrocher l’auditeur sur toute sa durée. Comme la pochette l’indiquait, cette virée sur la côte « extraterrestre » se révèle psychédélique,  soul et funk, mais trop fragmenté pour nous offrir un panorama brillant auquel on aurait envie de revenir.