Critiques

slowthai

TYRON

  • Method Records
  • 2021
  • 35 minutes
7

Son tout premier album, Nothing Great About Britain, n’avait laissé personne indifférent. C’était définitivement l’un des meilleurs albums de l’année 2019, toutes catégories confondues. À ce moment précis, slowthai arrivait avec un nouveau son dans la culture hip-hop, surtout au sein de la scène anglaise très connue pour son style communément nommé “grime”. Ce vent de fraîcheur fut reçu avec beaucoup d’enthousiasme et les attentes étaient maintenant fortes envers le rappeur de Northampton. C’est presque deux ans plus tard que nous avons droit à un nouveau projet de sa part. Cette fois-ci, c’est un album beaucoup plus intime qu’il nous sert avec TYRON.

Celui-ci se divise en deux parties égales de 7 chansons : une première moitié en MAJUSCULE et la seconde en minuscule. Pur hasard? Oh que non! La première partie de l’album, majoritairement produite par Kwes Darko, se veut beaucoup plus intense, violente et énergique. Ceci nous donne droit à de gros bangersslowthai envoie promener de grandes institutions, nous parle de toutes sortes de drogues et brag par moment. Pour ce qui est de la deuxième partie, le producteur Dom Maker et ses partenaires amènent des instrumentaux aux sonorités plus douces et aiguës. slowthai devient alors nostalgique et décide de s’ouvrir à nous.

Le contraste entre les deux parties s’illustre assez bien quand on compare les paroles :

“’I ain’t an actor, fuck the Oscars,

Main stage in my boxers,

Thousand grams, fuck the GRAMMYs,

Same-same for the shottas (Yeah)”

– 45 SMOKE

Ce texte provient évidemment de la première partie. Le rappeur est à ce moment sans retenu, très imagé et rebelle dans ses écrits. La différence est frappante avec ce que l’on peut entendre sur la deuxième partie :

“System laggin’, think we need a reboot

Feelin’ stranded, got me feelin’ feeble

You never there when I really need you

Always land on my feet like a cat out a tree”

– push

Il n’y a aucune collaboration forcée sur le projet. Chaque artiste invité amène son ingrédient à la recette. Que ce soit Skepta et A$AP Rocky pour le côté rap rempli de swag ou Dominic Fike et James Blake pour leurs douces voix mélodieuses et rassurantes, tout le monde y trouve sa place. Même Kenny Beats réussi à s’inviter sur le projet le temps de deux pièces (focus et terms) et il s’y fond à merveille.

D’ailleurs, les mélodies proposées sur l’entièreté du projet sont très rafraîchissantes. Le rappeur travaille avec des réalisateurs plutôt méconnus (Kelvin Krash, Samo, Kiko, etc.) contrairement à la tendance des autres MC’s qui veulent souvent travailler avec une panoplie de grands beatmakers de renommée. On y retrouve donc un son audacieux et inédit. 

TYRON est un album fort intéressant qui définit la mince ligne entre la vulnérabilité et l’insensibilité du rappeur au sein d’un univers toujours aussi macho, quoi qu’il l’est un peu moins. La solitude du confinement aura permis à slowthai de prendre une pause et de faire une thérapie musicale avec la création de cet album. Avec cet exercice, il permet maintenant aux autres de le faire par l’entremise de ses paroles. slowthai est l’un, si ce n’est pas LE rappeur le plus intéressant de l’Angleterre et cet album est en la preuve.

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