Critiques

Slipknot

.5: The Gray Chapter

  • Roadrunner Records
  • 2014
  • 64 minutes
7,5

cover326x326Slipknot: Fumisterie mercantile savamment orchestrée ou réel concept artistique à succès non planifié? Voilà une question qui déchire les communautés métalleuses à l’échelle internationale depuis la création (ou plutôt la réinvention) du groupe à la fin du siècle dernier. Pour y répondre, il suffit de jeter un oeil sur la progression de leur carrière après les deux premiers albums. On se rend vite compte qu’ils sont désormais aussi torturés et fâchés que Billy Joe Armstrong est punk, c’est-à-dire avec des mansions et des collections de voitures privées.

Je prédisais un échec foudroyant à ce cinquième effort puisque pour moi, le groupe est passé de véritable machine de guerre à cochonnerie faussement colérique américaine style Five Finger Death Punch (Five Flavored Fruit Punch pour les intimes) en moins de temps qu’il n’en faut pour faire tomber les masques. Le premier extrait (The Devil In I) me donnait d’ailleurs raison avec ses grosses guitares destroy et ses refrains qu’on imagine aisément chantés sous la pluie par un boys band portant du linge blanc. Difficile d’accepter ça de la part d’un band qui se battait pour vrai avec les plus crinqués de leur public en 1999-2000 (j’ai déjà vu un musicien doom montréalais que je ne nommerai pas quasi-pleurer parce qu’il trouvait ça trop intense).

Mais voilà!

À la grande joie des fans (et au dédain total des détracteurs), je dois ravaler toutes les railleries que j’ai lancées à l’égard du groupe avant la sortie de ce premier album en six ans. Il faut croire que la mort du bassiste Paul Gray et le départ du batteur Joey Jordison (qui sont à eux deux responsables de plus de 80% de l’écriture de la discographie du groupe) ont motivé Corey Taylor et les six autres membres survivants à se dépasser et enfin offrir un album authentiquement lourd à ses fans. Il y a, bien sûr, encore quelques refrains «emo», mais ces derniers ont généralement l’avantage d’être moins forcés que sur les disques précédents.

Comme on le devine en lisant le titre, la majeure partie de l’album traite du deuil de Paul Gray. D’ailleurs, si mes amis qui jouent dans des bands m’écrivaient à ma mort un hommage aussi vibrant que «The world will never see another crazy motherfucker like you/The world will never know another man as amazing as you» (Skeptic), ce serait vraiment gentil.

Plus sérieusement, ce disque-là utilise plein de mécanismes qu’on aimait dans l’album éponyme et Iowa qu’on croyait perdus à tout jamais. Et puis, qu’elle soit patentée ou non, il va toujours y avoir un marché pour la bonne vieille rage garrochée qui sonne bien authentique. Je conseille aux vieux amateurs qui ont abandonné leur statut de Maggot (c’est comme ça que le groupe réfère à ses fans) de se plonger dans des pièces comme Sarcatrophe, Lech et Nomadic afin de revivre ce qui ressemble à s’y méprendre aux émotions vécues la première fois que la musique de l’armée masquée les intéressait.

Assez inattendu comme feeling, pas de doute.

Ma note: 7,5/10

Slipknot
.5: The Gray Chapter
Roadrunner
64 minutes

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