Sleaford Mods
The Demise of Planet X
- Rough Trade
- 2026
- 41 minutes
Ce énième album de Sleaford Mods (il en sort pratiquement un par année!) explore encore la veine punk-rap, mais les collaborations, notamment dans les refrains, s’aventurent du côté de la pop mélodique. Sans dénaturer l’essence du groupe.
Les thèmes renvoient à un certain désenchantement généralisé flirtant avec la dystopie. Sans les clichés de fin du monde relayés par le septième art. On est bel et bien dans le concret avec des dénonciations virulentes pouvant aller de la masculinité toxique (Bad Santa) au mouvement MAGA. Tout en s’en prenant aux justiciers des médias sociaux et leur virtue-signaling (Megaton, Shoving the Images).
Les collaborations sur The Demise of Planet X dévoilent une nouvelle sensibilité au combo, qui est surtout reconnu pour sa force de frappe. Comme sur The Good Life, vibrant dès les premières secondes avec une basse imposante, mais qui s’adoucit avec son refrain susurré par l’actrice Gwendoline Christie. Même équilibre entre punk brut et pop racoleuse dans Elitest G.O.A.T. grâce aux interventions de la chanteuse Aldous Harding.
Dans les pièces sans invités, les gars révèlent leurs authentiques racines punk-hardcore. Surtout avec la forte présence d’une basse plus organique dans le mix. Comme sur Double Diamond. Ce qui fait le charme de Sleaford Mods reste bien présent ici. Par exemple, le débit carabiné sur Shoving the Images. Du Jason Williamson comme on l’aime !
Toutefois, à créer ainsi album sur album bon an mal an, on n’évite pas certaines redites. Avec Megaton, on croirait entendre du Sleaford Mods à numéro… même si ça demeure efficace comme groove!
Et les grooves ne manquent pas dans l’ensemble. Celle de No Touch résonne comme un ver d’oreille irrésistible. Tandis que celle de Kill List rebondit en mettant pleinement en valeur les interventions du rappeur Snowy.
Même avec une trame plus traditionnelle comme celle sur Bad Santa, en général, on a l’impression qu’Andrew Fearn a travaillé davantage la production que la composition. Mais cette sophistication dans les arrangements n’enlève rien à l’esprit caustique des textes et à leur humour déjanté. La pièce-titre y va d’ailleurs d’une basse échantillonnée sur une ronde un peu comique, presque goofy. Surtout en intégrant des bruits de jeux vidéos old school dans le lot.
Avec l’anti-MAGA Flood The Zone, on se demande par moment où la proposition s’en va. Comme s’il manquait de concision dans la livraison. Presque étonnant qu’elle ait fait la cut sur l’album. Ce n’est pas une mauvaise toune, mais elle n’a pas le plein potentiel auquel Sleaford Mods nous a habitués.