Critiques

Shad

A Short Story About War

  • Secret City Records
  • 2018
  • 40 minutes
8
Le meilleur de lca

Le rappeur torontois Shad est de retour avec A Short Story About War, son dernier album Flying Colours avait fait son chemin sur la courte liste du Prix Polaris en 2014 en plus de récolter une nomination aux prix Juno. Depuis, il a fait paraître un EP en collaboration avec Skratch Bastid et un album de pop-rock sous le nom Your Boy Tony Braxton. En plus de ses projets artistiques, il a animé la populaire émission Q pendant près d’un an avant de se faire montrer la porte par la direction.

Mais revenons-en au cas qui nous intéresse aujourd’hui, son 6e album qui prend un biais social et politique très prononcé. Pour faire le tout, il fait appel à de nombreux collaborateurs bien connus dont Kaytranada, Lido Pimienta, Yukon Blonde et Ian Kamau. A Short Story About War, malgré certains côtés sérieux, n’est pas un album lourd. Au contraire, Shad trouve le moyen de nous envoyer des pièces aux rythmes accrocheurs.

À cet effet, les deux parties de The Fool sont particulièrement efficaces. La première partie échantillonne même la chanson True de Spando Ballet avant que Shad se lance dans un rap qui s’attaque aux rapports sociaux peu courtois et appelle plutôt à l’amour et l’ouverture.

Man, I’ve been feeling this vibe
Honestly, the haters can hate
Just let the creators create
And let the creator be judge
I mean too many mistakes to be grudging
Beside, all of us lost without love
‘Cause maybe some never get woke
Or tire of staying awake

— The Fool Pt 1 (Get It Got It Good)

La deuxième partie s’attaque à la façon que l’on traite l’eau potable au Canada, comme une ressource secondaire pendant que les compagnies d’embouteillages plongent à deux mains dans les puits en quête de profits. La troisième partie y va plutôt d’une bonne mélodie de refrain et des questions introspectives. Parmi les pièces qui critiquent le plus ouvertement l’hypocrisie occidentale face à la guerre, The Revolution / The Establishment y va assez fort, même si la nuance en prend pour son rhume.

Y’all went to Harvard and Stanford
Think harder for answers man, think
We’re far below standards
Don’t tell me anger won’t help us
You told me the cancer would shrink
We need a shrink
We just see boys making bands: N’Sync
Open your eyes my fam, we could all be gone in a blink

— The Stone Throwers (Gone in a Blink)

Parmi les pièces les plus sombres, Magic revient sur la perte des racines et l’assimilation culturelle pendant laquelle Lido Pimienta y va d’une langoureuse complainte pendant que Shad prend un débit qui n’est pas sans rappeler celui d’Eminem. Another Year plonge dans une atmosphère plus jazz (Kaytranada ne doit pas être très loin en arrière) sur laquelle Ian Kamau vient livrer quelques lignes tout comme Eternia fait quelques beaux vers foncièrement féminins.

Shad livre un album viscéral qui refuse de se taire devant les inégalités. En ce sens, le hip-hop est devenu le véhicule de dénonciation des minorités et A Short Story About War plonge dans ces questions qui créent des malaises en sociétés, mais en évitant les grossièretés usuelles. L’écriture de Shad est aussi sensible qu’intelligente et frappe à maintes reprises dans le mile.

And then there was this one fearless foolish guy

That just didn’t believe in the power of bullets

He didn’t believe that they had the power to take a life

So he just walked around without a weapon.

— Get It Got It Good (Intro)

 

 

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