Critiques

Richard Dawson

2020

  • Domino Records
  • 2019
  • 58 minutes
8,5
Le meilleur de lca

Ce musicien est originaire de Newcastle en Angleterre. Il a deux superbes albums dans sa besace : Nothing Important (2014) et Peasant (2017); disque qui l’a révélé à un public plus large. Depuis ses tout débuts, l’inclassable « folker » incorpore à sa musique des influences de blues, de folk africain, et de prog-rock. Richard Dawson s’intéresse même au Qawwali; musique jouée dans les sanctuaires soufis au Pakistan et en Inde qui fut popularisée par Nusrat Fateh Ali Khan, défunt maître pakistanais. Dawson est un musicien compétent et cultivé.

Littérairement parlant, il est l’un des meilleurs paroliers du Royaume-Uni… sinon le meilleur. Sur Peasant, entre autres, l’auteur nous présentait 11 personnages différents, répartis en autant de chansons, qui racontaient leurs histoires personnelles selon leur propre perspective. Il est un maître pour saisir les préoccupations de l’Anglais dit « moyen ».

Tout ce magnifique boulot se poursuit avec le 6e album en carrière de ce songwriter de génie. 2020 fait une entrée fracassante dans cette année musicale. Ce nouvel album est un portrait irrécusable d’une Angleterre en profonde mutation, au bord de la débâcle sociale et qui ne trouve plus ses repères.

Le pays dépeint par Dawson met en valeur des individus éprouvés par de sincères préoccupations (conflits, désirs inassouvis, etc.). Ces hommes et ces femmes snobés, mis au rancart par une élite médiatique, politique et économique et qui, aujourd’hui, se tournent vers l’extrêmisme pour se faire entendre…

Des fonctionnaires insatisfaits rêvant de jours meilleurs, des coureurs angoissés, d’humbles locataires incapables de dénicher un logement à prix abordable, des immigrants agressés sauvagement sous l’oeil complice de la police, des tripeux de foot qui rêvent d’être le prochain Lionel Messi et des propriétaires de tavernes victimes d’inondations répétitives (conséquences brutales des changements climatiques), tous ces personnages respirent… l’infortune ! Dawson est un storyteller, un vrai, sincèrement préoccupé par la condition humaine plutôt que par le je-me-moi si caractéristique de notre époque.

Dans Fulfilment Center, l’artiste nous offre une épopée d’une durée de 10 minutes qui raconte l’histoire d’un ouvrier, bossant sur une chaîne de montage et totalement aliéné par son travail qui, derrière sa machine, est touché par la grâce, par une sorte de révélation :

« There’s more

There has to be more to life

Than killing yourself to survive

I refuse to do this filthy work anymore ! »

Fulfilment Center

Musicalement, malgré l’instrumentation classique (guitares, synthés, basse, batterie), les compositions de Dawson sont tortueuses et inventives. L’homme nous surprend toujours avec un accord sorti de nulle part, un changement de rythme atypique ou une inflexion vocale dissonante. Et que dire de ces mélodies fortement inspirées du folklore anglais ? Tout ce talent s’exprime avec une facilité déconcertante, et ce, sans jamais verser dans la ringardise.

Virtuosité, éloquence, humour noir, authenticité (pas celle promue par le merveilleux monde du marketing), ce gars-là a toutes les qualités requises pour être l’un des plus importants artistes folk de notre époque… et Dieu sait que les mièvres prétendants à cette couronne sont nombreux.

Alors, si vous avez envie de prêter l’oreille à un album aussi bourratif que sincère, ce 2020 pourrait bien être votre album folk rock de l’année !

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