Critiques

Renée Reed

Renée Reed

  • Keeled Scales
  • 2021
  • 35 minutes
8
Le meilleur de lca

Le mois d’avril amène généralement une certaine rêverie. On se plaît à rêver à des journées plus chaudes, un peu plus longues, aux premiers bourgeons et aux moments à rester dehors sans avoir peur du froid. Un peu comme l’espoir des jours d’été, l’album éponyme de Renée Reed évoque la douceur des rêves de printemps. La jeune artiste louisianaise a sorti son premier album sous l’étiquette Keeled Scales (Buck Meek, The Deer) et se présente en douceur à son public.

Reed nous enveloppe dans son univers. Sa voix est chaude et claire. La guitare qui l’accompagne est cristalline. Chaque chanson porte sa propre histoire tout en étant en parfaite symbiose avec les autres. Reed puise dans le registre folklorique de ses origines cajuns et nous invite à découvrir les fantômes qui vivent ses histoires. Elle explore avec brio la langue française avec la chanson Où est la fée? qui emprunte un son presque funèbre, hanté par les fantômes francophones de son passé.

La beauté de ce premier album est dans la simplicité de chacune des chansons. Dans Neboj (un mot tchèque signifiant “N’aie pas peur” et prononcé “nuh-boy” par les Cajuns), Reed parle de la peur de tomber en amour et de se laisser aller dans une relation. Les magnifiques métaphores de la chanson et la voix presque tremblante de l’artiste folk laissent place à sa vulnérabilité si palpable.

L’album réchauffe l’esprit et invite à se laisser aller dans des rêveries nostalgiques, comme un rappel des jours meilleurs qui peuplent nos vies passées. Reed joue dans le registre de la poésie, des paroles plutôt vagues qui flottent entre la nature et les histoires folkloriques qui ont bercé son enfance. Elle-même semble être un personnage sortant des contes cajuns par sa façon d’interpréter sa musique et de la faire vivre. D’ailleurs, c’est dans Out Loud où elle devient un personnage folklorique, presque un mythe en s’adressant à l’objet de la chanson, qu’elle se laisse aller, se rapprochant de ses racines louisianaises. Elle nous amène à explorer chacun des aspects de son univers à travers chaque parole prononcée, chaque petit murmure, chaque grattement de guitare qu’elle fait.

Avec Until Tomorrow, sa voix nous parvient en écho, comme si elle était entendue sur un vieux phonographe. Tout est pensé et fièrement exécuté. On est projeté dans les années 40-50, à l’âge d’or de la musique folk américaine. Cette chanson est plus proche de Burl Ives et de Mother Maybelle Carter que des chansons de Joni Mitchell ou encore Joan Baez. C’est la beauté de la musique que nous offre Reed. Elle est plus proche de l’Americana traditionnel du Midwest et du sud des États-Unis que du folk plus moderne qui provient souvent des côtes est et ouest et des grandes villes états-uniennes.

Renée Reed fait dans la chanson de jours de pluie et dans les rêves fiévreux des journées caniculaires. Elle fait du bien à nos journées plus tristes et nous fait rêver à des histoires folkloriques dans lesquelles fées, sorcières et monstres se côtoient pour nous jouer des tours. Sa musique résonne et ce premier album est la preuve que Reed est la fille légitime de la musique folk traditionnelle.