Critiques

Pomme

consolation

  • Polydor / Universal
  • 2022
  • 37 minutes
8
Le meilleur de lca

Si l’été est reparti aussi vite qu’il est arrivé, l’autrice-compositrice-interprète Claire Pommet, alias Pomme, réussi à l’étirer un tout petit peu avec la sortie de consolation, son troisième album studio. Celle qui navigue avec aisance dans les eaux de la chanson folk spleenétique s’aventure cette fois-ci en terrain plus lumineux. À travers treize nouvelles chansons, la vedette française exhume la belle saison et nous entraîne dans les vacances de son enfance.

Forte du succès de son dernier opus, Les Failles (2019), sacré album révélation de l’année en 2020 lors des Victoires de la musique, Pomme reste fidèle au style acoustique minimaliste qui l’a fait connaître. Elle s’accompagne elle-même à la guitare sur plusieurs pièces, mais expérimente avec des sons plus synthétiques sur d’autres.

Le disque fut enregistré dans sa quasi-totalité au studio Wild de Saint-Zénon, dans les Laurentides, au beau milieu de l’hiver. À cet égard, consolation regorge de subtilités sonores. On peut y entendre des planchers qui craquent sous l’effet du froid ou encore des voix « qui surgissent d’autres parties de la pièce » – des accidents qui pour Pomme « représentent exactement la manière dont la musique devrait être abordée ».

L’album s’ouvre avec 22:51, une courte pièce d’introduction dans laquelle l’artiste s’adresse directement à son auditeur. « Je ne sais pas à qui je parle, mais c’est pas grave », s’élance-t-elle d’une voix tendre. On comprend alors que Pomme abordera des thèmes – l’enfance, le voyage, le rêve, mais aussi la perte de l’innocence, l’aliénation et la violence – dans lesquels chacun saura se reconnaître.

Avec la pièce jardin, Pomme mise sur un arrangement musical épuré afin de laisser toute la place au texte. Une boucle de batterie détendue et quelques accords de guitare scintillants suffisent pour éveiller le pouvoir évocateur de sa voix. Dans une prosodie rythmée, Pomme nous transporte dans une maison de vacances du Sud de la France et se rappelle le petit eldorado de son enfance. Cependant, le souvenir réconfortant laisse rapidement place au doute :

Pourquoi j’y pense encore?
Y a quoi de mieux avant?
À part les rires en farandole
À part l’été qui me console
Qu’est-ce qui me manque tant?

– jardin

En évoquant un sentiment de regret du temps passé, Pomme met la table pour la suite de l’album où souvenirs heureux et mélancolie s’entrelacent de manière harmonieuse. Elle nous invite à entrer dans ce jardin où, malgré la douleur, on retrouve les sensations qui nous sont familières.

Dans la rivière, la chanteuse évoque la quiétude d’un cours d’eau tranquille auquel on peut toujours retourner lorsque tout devient « trop lourd ». La pièce est suivie de Nelly, un vibrant hommage à l’écrivaine québécoise Nelly Arcand, qui se clôt avec un extrait audio d’une entrevue qu’avait donné l’autrice peu de temps avant de s’enlever la vie.   

septembre, une trame au piano, vient ralentir les ardeurs. La fin des vacances a sonné et on sent moins l’urgence de raconter; le rythme est beaucoup plus lent et les paroles s’étiolent. Puis, avec when I c u, Pomme vient nous déstabiliser en chantant en anglais. L’accord guitare-voix rappelle les chansons contemplatives de Joni Mitchell (si cette dernière avait un accent français) et nous berce avec sa mélodie toute en finesse.

La meilleure chanson sur l’album demeure tombeau, une simple sortie au mois de juin, sur lequel figurent des chœurs chimériques qui rappellent une musique de film. Si le titre laisse présager que l’artiste n’a pas tout à fait guéri ses blessures d’enfance, la chanson se conclut sur une note bienveillante. En conversation avec la petite fille qui vie en elle, la jeune femme proclame: « Je me souviendrais pour toi/ J’ai gardé le goût de tout ça/ Je crois ».

Si consolation n’arrive pas tout à fait à atteindre la qualité de Les failles, ce troisième album est néanmoins une réussite. L’orage qui autrefois planait sur la jeune Claire Pommet semble être passé, mais il aura laissé derrière lui une autrice-compositrice-interprète plus apaisée, plus en maîtrise de ses idées. Et on ne s’en plaindra pas, puisqu’on souhaite se faire consoler par la musicienne encore longtemps!