Critiques

Penny Diving

Big Inhale

  • Indépendant
  • 2020
  • 38 minutes
7,5

Le verbe « plonger » a plusieurs sens. Bien sûr, il réfère à l’idée de s’enfoncer dans l’eau. Mais il peut aussi signifier le fait de regarder quelqu’un dans les yeux ou de s’absorber dans une activité. Bizarrement, tous ces sens se rejoignent sur le premier album du groupe Penny Diving, Big Inhale, qui combine adroitement la dream pop et le shoegaze pour en tirer quelque chose de planant et d’immersif.

Penny Diving, composé des jumelles Chantal et Kathleen Ambridge et de Thomas Augustin (Malajube, Jacquemort), est né des cendres de la défunte formation The Muscadettes, qui avait sorti un excellent EP à l’automne 2015, teinté d’une esthétique surf-garage résolument rétro. Le groupe s’est cependant mis à explorer de nouvelles avenues musicales par la suite pour conclure qu’un changement de nom s’imposait. Un premier simple, Divine, allait suivre moins d’un an plus tard.

Ce nouveau projet n’est pas l’antithèse des Muscadettes, loin de là. On y reconnaît encore un penchant pour les sonorités lo-fi et une certaine insouciance dans le ton et l’intention. La musique se veut toutefois plus planante, avec des références marquées à des groupes comme Cocteau Twins, Slowdive ou même My Bloody Valentine, mais combinées à une approche chansonnière qu’on associe davantage au monde de l’indie rock (je pense ici à Snail Mail), pour un résultat résolument pop.

Big Inhale démarre en force avec Can You Feel It, qui installe bien le climat pour la suite de l’album avec une guitare un peu sale, juste assez distorsionnée, qui alterne les accords sur une rythmique assez lente. Puis, le tempo s’accélère avec l’entrée en scène de la batterie et ensuite de la voix de Chantal Ambridge. Comme le veut la tradition shoegaze, le chant est entouré d’un écho qui lui donne un petit côté éthéré, mais rien pour masquer le texte ou le timbre naturel d’Ambridge. Le refrain est particulièrement entraînant, avec un riff simple, mais accrocheur.

De par son instrumentation et l’utilisation d’effets de guitare comme le chorus ou le reverb, la musique de Penny Diving nous invite à l’immersion, d’où la métaphore du plongeon dans le nom du groupe. Ainsi, la pièce I Surrender s’enchaîne parfaitement avec Can You Feel It, étant donné leur sonorité semblable. Le texte, lui, renvoie au deuxième sens du verbe « plonger » identifié plus haut, lorsqu’on s’immerge dans le regard de l’autre. Il y est question de désir, mais d’un désir si intense qu’il peut aussi nous conduire à la souffrance :

« Comfort me, torture me

I’m an enabler

Comfort me, torture me

I should know better

Comfort me, torture me ».

I Surrender

Ceux et celles qui ont suivi le parcours de Thomas Augustin depuis les beaux jours de Malajube et de Jacquemort se souviennent sans doute de ses penchants prog-rock qui se manifestaient dans des morceaux changeant subitement de direction. Rien de tel ici, même si sa signature musicale demeure perceptible dans des sonorités de synthés volontairement vintage, comme dans la très réussie Nineteen, dont le texte évoque justement une certaine forme de nostalgie, celle de l’adolescence.

Il y a bien quelques moments plus musclés sur Big Inhale, comme dans le refrain de Silver Lining, mais Penny Diving évite généralement le type de « mur de son » qu’on associe avec le shoegaze pour n’en conserver que les textures typiques de guitare. Si on peut d’ailleurs reprocher quelque chose à ce premier album du groupe, c’est une certaine uniformité dans les effets et les rythmes. Mais en même temps, c’est ce qui contribue au côté immersif de l’expérience. Bref, Big Inhale est quelque chose dans lequel on « plonge », dans le sens de s’y absorber entièrement…

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