Critiques

Paul Jacobs artwork

Paul Jacobs

Pink Dogs on the Green Grass

  • 44 minutes
7,5

Marginal personnage et batteur-fondateur au sein du quintette post-punk Pottery, le montréalais Paul Jacobs dévoile un huitième effort solo, Pink Dogs on the Green Grass. Une aventure solitaire qui lui va à merveille, fort d’une noise-pop psychédélique épurée qui s’apprivoise aussi facilement qu’une bande de clébards rosés. Présentement, en garde partagée chez Blow the Fuse et Mothland, le rockeur à la voix creuse s’est équipé pour veiller tard, aménageant, dans la dernière année, un studio maison digne de ce nom afin d’enregistrer ce long format.

Un album printanier qui, grâce à sa sobre mélodie, apaise et détend l’audition, même si les arrangements sont parfois musclés. Notons que sur Pink Dogs on the Green Grass, Jacobs tenait, probablement, à transposer sa couleur et son esthétique musicale qu’on connaît via Pottery. La batterie, son instrument de prédilection, sert justement de dénominateur commun. Évidemment moins lourd, son jeu de percussion, particulièrement avec le bass drum, est tout aussi carré et répétitif que celui qu’on entend dans son groupe, qui rappelons-le, ne fait ni la dentelle, ni dans la poterie.

Si l’ensemble de l’œuvre s’installe confortablement dans un univers indie rock, Most Delicious Drink, est une «étonnante» ballade à tendance folk qui se faufile dans le premier tiers de l’album. Fans de Neil Young, vous serez immédiatement charmés, j’en suis sûr. Personnellement, j’ai un faible pour les pièces quasiment aliénantes en raison de leurs textes répétitifs, comme Day to Day ou encore Cherry.

When I see cherry, when I see cherry

Cherry you’re favourite colour

Dark red, dark red

Cherry oh cherry

Cherry oh cherry

Cherry, you’re favourite colour

Cherry oh cherry

Cherry, you’re favourite colour

– Cherry

Cette poésie brouillonne se conjugue drôlement bien avec les dessins brillamment juvéniles, forts en contrastes colorés, qui garnissent les visuels de la pochette, des monoplages et articles promotionnels. Des croquis signés par le principal intéressé, d’ailleurs. Un artiste accompli quoi !

Parlant de contraste, Jacobs joue d’ironie sur certaines pièces, comme dans Underneath the Roses où l’humour cynique entre en conflit avec la trame radieuse, donnant envie de gambader dans un champ en fredonnant qu’on aime la vie.

Judging by that call sounds like you need a friend

Or maybe someone with the wisdom and the thoughts to lend

You know twenty dollars don’t go far in a place like this

You were stuck underneath the roses

– Underneath the Roses

Outre l’aspect littéraire qui me plaît énormément, comme vous pouvez le constater, je réalise aussi, après quelques écoutes, que Paul Jacobs s’amuse également avec plusieurs effets phonatoires. Enregistrant notamment un faux message vocal, à l’aide d’un «vieux téléphone» sur Dancing with The Devil. Le résultat est un exercice de «spoken word» plutôt réussi, qui coupe/scinde l’opus en deux, alors qu’elle se retrouve en milieu du peloton.

Si l’image véhiculée derrière Pink Dogs on the Green Grass est, disons-le, un chouïa absurde, la musique de Paul Jacobs attirera autant les mélomanes rationnels et amateurs du genre, que les érudits éclatés à l’esprit altéré par des paraboles incompréhensibles. Peu importe la façon dont vous allez le déballer, ce cadeau de 45 minutes est un rafraîchissement idéal à vos fins de grasse matinée. (Satisfaction garantie ou argent remis par la rédaction)