Critiques

of Montreal

UR FUN

  • Polyvinyl Records
  • 2020
  • 41 minutes
6,5

Il était une fois Kevin (Barnes) de la formation of Montreal et Christina (Schneider) du projet Locate S,1. Il était une fois, deux fois, dix fois l’histoire de leur amour fou dont la passion ne s’atténuera jamais, jamais.

« Don’t let’s be cynical, don’t let’s be bitter »

Ne soyons pas amers et discutons de UR FUN entendu your fun ou you’re fun, selon le contexte ou notre humeur. Cette nouvelle parution s’intéresse effectivement au fun du chanteur, à son idylle empreinte de fun, et ultimement à notre fun (on le souhaite en tout cas).

Barnes enchaîne les parutions à un rythme régulier depuis 1997. Si on peut difficilement crier au génie à l’écoute de chacun des albums d’of Montreal, on doit reconnaître qu’on y retrouve presque toujours de bonnes chansons. Le problème est qu’elles se perdent souvent dans une masse de compositions plus ou moins convaincantes. La sortie de chaque nouvel album d’of Montreal reste donc un événement que les admirateurs du groupe attendent et redoutent. On se demande quand Barnes réussira à produire un album aussi cohérent et fort du début à la fin que l’était Hissing Fauna, Are You the Destroyer? (datant tout de même de 2007). Cela dit, son opus précédent paru en 2018, White is Relic/Irrealis Mood, est facilement devenu un des meilleurs albums de la discographie d’of Montreal. UR FUN est-il de la même trempe? Pas tout à fait…

Premier constat : Kevin est particulièrement de bonne humeur ces temps-ci. J’ai toujours aimé son personnage de clown triste qui tente de nous émerveiller avec son maquillage, ses costumes excentriques et ses ballons. Celui-là même qui chante les rapports sociaux tordus, les relations destructrices et les angoisses sociales, celui qui se raconte et se dévoile aux auditeurs comme dans une séance d’autofiction musicale sans fin. Magicien un peu maladroit, il sait créer des chansons ambivalentes, à la fois parées de strass musical et foisonnant de paroles lucides. C’est ce qui m’a toujours séduite dans ses pièces les plus réussies.

Alors, où se trouve le fun ici? Après plusieurs écoutes en divers lieux; le midi, le soir, la nuit; avec et sans écouteurs, mes oreilles – qui ont un préjugé bienveillant à l’endroit de Barnes (j’ai un faible pour les clowns tristes, semble-t-il) – ont été envoûtées par la pièce St. Sebastien. C’est à mon avis la plus réussie de l’album, notamment en raison de sa dégaine un brin dylanesque et du petit ton détaché que Barnes pour répondre à un de ses trolls. Un vrai tube dansant et irrésistible.

Que dire du reste? Chose certaine, ce n’est pas ennuyant. Le refrain dans Gypsy That Remains, ritournelle qu’Abba aurait adoré composer, réunit Kevin et sa douce dans une explosion pop aux lignes de clavier vaguement orientales comme on pouvait en entendre dans les tubes des années 1980, car c’est bien dans les sonorités de cette décennie qu’on navigue… entre autres. En multipliant les références à différentes époques et styles, Barnes finit souvent par s’égarer et nous perdre en chemin. Le danger avec la multiplication des clins d’œil c’est que ça peut rapidement se muer en un tic agaçant. Et dans UR FUN, l’impression de surfer d’un pastiche à l’autre n’est jamais bien loin.

Fidèle à son habitude, Barnes continue de nous lancer des paroles-indices permettant de le suivre dans son jeu de piste conçu pour l’auditeur averti, cultivé et amusé, celui qui saura déceler et apprécier ses citations, références et hommages à des œuvres littéraires, cinématographiques et musicales. Barnes ne s’est jamais gêné pour étaler ses coups de cœur et en beurrer épais; il ne voudrait tout de même pas nous laisser sur notre faim. Ici on nous lance une citation de Diamanda Galás, là on évoque le classique italien des années 1970 La Maison aux fenêtres qui rient, plus loin on poke Jodorowsky, à d’autres moments on invoque Saint-Sébastien le martyre en réponse aux haters qui le narguent sur les médias sociaux… Saint-Sébastien qui est aussi au cœur du scénario de La maison aux fenêtres qui rient. Les références se télescopent et s’entre-répondent, et c’est un peu l’impression qu’on a encore une fois avec ce nouvel album d’of Montreal.

Barnes poursuit son exploration sonore, continue de s’amuser, de rendre hommage à ses idoles notamment avec la très bowiesque Don’t Let Me Die in America, et c’est effectivement divertissant. Mais comme l’artiste l’affirme dans cette dernière chanson où il demande « qu’on ne le laisse pas mourir aux États-Unis » et affirme « ni même avoir envie de hanter cet endroit », je n’ai pas non plus l’impression que cet album hantera un coin de mon cerveau bien longtemps. Cela dit, c’est assurément un album très respectable du catalogue très touffu d’of Montreal. Barnes demeure un compositeur inspiré et pertinent dont j’écouterai assurément les prochains albums avec intérêt, car on y trouve presque toujours des pépites.

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