Neurosis
An Undying Love for a Burning World
- Neurot Recordings
- 2026
- 64 minutes
En 2022, lorsque l’article de Pitchfork sur les comportements reprochables de Win Butler envers plusieurs femmes est sorti, je rigolais un peu dans ma barbe. J’avais entendu des échos du comportement de cet artiste aux attitudes de preacher que je n’ai jamais vraiment porté dans mon cœur, mais de voir ça dans un texte-fleuve m’amusait un brin. D’ailleurs, puisqu’on en parle, Arcade Fire ont juste un bon album : Fight Me!
Mon plaisir un peu mesquin, j’en conviens, fut de (très) courte durée parce que la même journée, d’autres articles détaillant les comportements pires que reprochables d’un artiste que j’adore sont sortis. Cet artiste, c’était Scott Kelly, coleader de Neurosis et, à ce jour, le seul musicien avec qui j’ai osé me prendre en selfie après 3-4 drinks pendant un set de My Bloody Valentine qu’on regardait côte à côte aux Eurockénnes de Belfort en 2013.
L’impact de la musique de Neurosis dans ma vie est d’une importance capitale. Je pense que Times of Grace venait de sortir quand le groupe est finalement apparu dans ma vie, au détour d’une pile de CD qui traînait dans un party chez un ami. Je n’ai jamais manqué une sortie d’album depuis. Oui, c’est de la musique nettement plus cérébrale que le simple (nu) métal que j’écoutais à l’époque (à part Voïvod, évidemment) et les influences folk et post-rock qu’on retrouve partout dans leur discographie suivant leurs albums crust-punk/hardcore ont influencé un paquet de groupes post-métal que j’écoute encore aujourd’hui, en plus d’élargir considérablement mes horizons de mélomane. Ils ont toujours été maîtres dans l’art de faire vivre des émotions fortes à leur audience. À ce jour, Through Silver in Blood demeure l’album le plus terrifiant que j’ai jamais entendu.
Mais trêve de bavardage, j’ai pensé pendant 4 ans que le groupe était mort et enterré depuis la parution de ces articles désolants. Vous irez lire sur ce qui est reproché à Kelly si ça vous chante, mais trigger warning : ça donne envie de vomir. L’autre leader, Steve Von Till enchainait les tournées et les albums solos et aucune information n’a coulé depuis l’annonce du renvoi de Steve.
On en parlait encore au passé jusqu’à vendredi dernier, jour qui a vu paraître dans la surprise la plus totale le 12e album de la formation.
Les mots du groupe à ce sujet, traduits approximativement : «Nous avons besoin de cela, peut-être plus que jamais, et nous pensons ne pas être les seuls. Les épreuves et les difficultés dans nos vies personnelles et en tant que groupe, combinées au simple fait d’essayer de naviguer dans la folie de notre société, avec le stress, l’anxiété et l’isolement qui en découlent, peuvent être insupportables. Ajoutez à cela la confusion existentielle et la tristesse liées à la crise climatique et à la sixième extinction de masse. C’est suffisant pour vous faire complètement perdre la tête si vous ne trouvez pas d’exutoire ou de catharsis. Cette musique étrange et chargée émotionnellement a toujours été notre manière d’essayer de survivre à tout cela, et c’est ce dont nous avons toujours parlé dans nos chansons. Lorsque vous avez passé toute une vie à interagir avec ces énergies et à utiliser cette forme d’expression pour purger et purifier, il devient néfaste pour notre bien-être de laisser cela à l’abandon. C’était maintenant ou jamais. »
Le meilleur dans tout ça? C’est Aaron Turner qui remplace désormais Scott Kelly à la guitare et à la voix. Oui, oui, Aaron Turner le leader d’Isis, Sumac, Old Man Gloom, Split Cranium, Twilight et j’en passe. Quand j’ai su ça, j’étais presque fâché de ne jamais avoir contemplé l’idée de le voir dans Neurosis par moi-même. Il est purement et simplement le candidat idéal pour la job. Si je disais que j’ai été plus excité par une nouvelle musicale dans les 10 dernières années, ce serait un mensonge.
Maintenant, qu’en est-il de l’album après quelques écoutes?
J’ai essayé d’être le plus impartial possible, mais je dois avouer que c’est très difficile. Je ne trouve aucun défaut à ce douzième effort. C’est viscéral, hypnotique, sombre, nerveux, tonitruant, mélancolique et magnifique. La trame sonore parfaite pour la sale époque que nous traversons. Je ne vais pas faire comme d’habitude et décrire chaque chanson ou presque. Je vais plutôt laisser parler les claviers psychédéliques de Noah Landis, les guitares hurlantes de Steve et Aaron, la basse polyvalente de Dave Edwardson et la batterie toujours parfaite de Jason Roeder en vous encourageant à le faire jouer au plus vite.
Des cris de détresse de l’intro We Are Torn Wide Open aux pulsations inquiétantes de Last Light, tout fonctionne à merveille et j’oserais même affirmer que c’est le meilleur album du groupe depuis Given to the Rising (2007). Turner est le nouveau membre idéal sur papier, mais c’est encore mieux sur disque. An Undying Love for a Burning World pourrait même servir de porte d’entrée pour de potentiels nouveaux fans du groupe. C’est bon à ce point-là! Une heure qui passe en 10 minutes. Le disque de l’année pour le comeback de la décennie. Tout est dit.