Critiques

Motorama

Alps

  • Talitres
  • 2013
  • 42 minutes
6,5

35977Les villes de Rostov et Volgograd dans la région caucasienne de Russie ne nous évoquent pas grand-chose en matière de musique. Portes d’entrée, ces villes frontalières ont surtout été les témoins des plus sombres heures de l’histoire européenne. Alors que les groupes moscovites ou St-Pétersbourgeois n’arrivent toujours pas à percer sur la scène occidentale, ce fut une surprise de voir le label français Talitre Records (Graciaphone, Flotation Toy Warning) signer le groupe caucasien Motorama pour un premier album paru hors Russie titré Alps.

Le leader et chanteur nommé Vladislav Parshin possède une voix enjôleuse, envoûtante et terriblement grave. Absolument alternatif, Motorama tente de développer la beauté de sa musique sur des ruptures de structure et en retenant la leçon millénaire du rock indépendant: pas de solo! Que des ponts, des ponts et des ponts et une musique ponctuée d’accélérations et de syncopes. Le potentiel d’accessibilité est tel que même un groupe FM aurait du mal à l’atteindre.

Notons néanmoins le début d’album légèrement poussif; en demi-teinte. L’ouverture avec Nothern Seaside en est l’image parfaite. C’est «l’anti carte» d’identité du groupe. Les thèmes sont lents et les musiciens prennent le temps d’exposer des pistes pas réellement intéressantes; idem avec le titre Warm Eyelids et même Compass. À ce niveau, Motorama a le statut de groupe sympathique sans plus… Puis la section rythmique se réveille et transporte le quintette russe dans une autre dimension. Le contraste atteint son paroxysme avec les très bons Wind In Her Hair et Letter Home. Vient ensuite le morceau titre, surélevé par un clavier intéressant… et le disque devient bon, presque poignant. Parshin arrive à transmettre ses émotions avec un chant désabusé et profond et, comme un long crescendo de qualité tout au long de l’album, la pépite se trouve à la toute fin et répond au nom d’Empty Bed (d’abord paru sur un maxi il y a deux ans), avec sa mélodie empruntée à des Strokes version 2001, mais sous valium.

Motorama, grâce à Empty Bed, devient sentimental. L’émotion est vive. Accessible, agréable et touchante, grâce à cette pièce, les délicats musiciens de Rostov donnent envie de croire que là-bas n’est pas si différent… et ce n’est pas une mauvaise nouvelle.

Motorama a peut-être le nom de groupe le plus moche de ces dernières années, mais Motorama est un bon groupe qui aurait facilement fait sa place à la fin des années 90, à l’âge d’or du rock indépendant aux États-Unis (The Wrens, Pavement, The Dismemberment Plan). D’une beauté troublante et maladroite, Alps marque une filiation directe et assumée avec l’Occident. Cela est même la clé de sa réussite: basse sautillante et guitare claire à la Libertines, accompagnée d’une rythmique à la Someone Still Loves You Boris Yeltsin (hasard!?!), les gars ont ainsi développé une musique «tubesque». Du rock léger et romantique dirigé par Vladislav Parshin, un véritable Matt Berninger russe.

Ma note : 6,5/10

Motorama

Alps

Talitre Records

42 minutes

wearemotorama.com/

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