Critiques

Maryze

8

  • Hot Tramp
  • 2022
  • 30 minutes
7,5

Après avoir distillé quelques pistes depuis 2020, il est temps pour Maryze de partager avec nous 8, un premier album aussi fantastique qu’étrange où chaque chanson ne ressemble à aucune autre. Malgré tout, l’artiste queer montréalaise réussit à faire des dix titres un ensemble remarquablement cohérent. 

Et Maryze n’hésite pas un instant à se montrer vulnérable. Cette mise à nu, elle va s’en servir, parfois avec gravité, parfois avec candeur, pour nous happer dans son monde. Dans Mutable, par exemple, elle sonde la dualité de l’existence et des relations, révélant le côté obscur d’une alt pop saupoudrée de RnB. L’autrice-compositrice-interprète, qui est rappelons-le bilingue, s’y exprime en anglais, mais aussi en français, pour un résultat dont on ne se lasse pas. 

Dans la même veine, la musicienne reste en eaux troubles pour Squelettes, sa collaboration avec Backxwash. Cette dernière, gagnante du Polaris en 2020, y ajoute une touche de hip-hop industriel et écorché vif. Le titre s’empare de nos tourments les plus enfouis pour n’en donner que le meilleur.

Les deux simples avant la sortie de 8 faisaient déjà état de cette ligne ténébreuse propre à Maryze. Avec Experiments, on retrouve l’artiste avec tout ce qu’elle possède d’hypnotisant et de sombre enrobé dans un écrin de lascivité. Emo, quant à lui, nous emmène dans les antres de la pop punk aux accents shoegaze des années 2000. De la musique aux paroles, c’est donc tout naturellement que l’on se laisse porter par ces bonds en arrière.

La boucle infinie de l’exploration du temps se poursuit ensuite grâce à Witness . Véritable hymne féministe, le morceau possède tout ce que la musique celtique a de plus grandiose – et a sans doute été inspiré par la chanson bretonne Tri Martolod – dans un récit toujours très actuel. Maryze parvient à faire passer un puissant message: «She isn’t weakness/She is the witness», soit «elle n’est pas le point faible, elle est l’observatrice». 

Cette influence celtique est également présente dès l’ouverture de 8. Presque déconcertante, Mercy Key résonne ainsi quelque part entre les envolées solennelles de Faith Hill (version autotune, on est quand même en 2022) et tous les codes de la pop.

Maryze prouve aussi qu’elle est capable de changer radicalement de ton. Unoffical revêt une pop lumineuse et naïve dans laquelle elle évoque ces amours non traditionnelles, un brin dissimulées. Panoramic, pour sa part, est marquée par les années 1990 avec ses synthés cadencés. Mais sous ses faux airs enjoués, Maryze nous parle en réalité de solitude, de déprime. 

Impossible de ne pas penser à la structure instrumentale de Pure Shores des All Saints lorsqu’on entend Too Late, qui brille plutôt par son côté énigmatique.

Enfin, alors que Playing Dress-up débute sur un piano presque lugubre, une légèreté apparaît soudain dans les gammes, tandis que Maryze entonne quelque chose de plus mélancolique qu’il n’y paraît…     

Maryze arrive donc, avec 8, à convoquer en nous une certaine nostalgie tout en évitant l’écueil d’une pâle copie de ce qui se faisait avant. Elle propose, au contraire, un album plus que jamais contemporain!