Mandy, Indiana
URGH
- Sacred Bones Records
- 2026
- 34 minutes
Mandy, Indiana est un groupe fabuleux à suivre depuis son premier EP. Le quatuor de Valentine Caulfield, Scott Fair, Simon Cattling et Alex Macdougall repart de là où il était sur i’ve seen a way. Le groupe pousse franchement plus loin l’enveloppe sur URGH. Plus industriel, plus rock et plus coup de poing, cet album s’en prend à de nombreuses frustrations par rapport à l’état du monde avec une certaine violence. Presque exclusivement en français, Valentine Caulfield enfile les salves brutales de mots :
Est-ce que tu veux qu’on se souvienne de toi comme quelqu’un qui a regardé brûler le monde
Leurs tours d’ivoire ne les portègeront pas lorsque nous détruirons leurs sociétés immondes
Est-ce que tu veux qu’on se souvienne de toi comme quelqu’un qui a appluadi leur pluie de bombes
Tiens toi prêt car lorsque ton tour viendra nous n’te pleureront pas nous danseront sur ta tombe
— Dodecahedron
C’est avec des paroles dures et violentes que Caulfield passe des frustrations face aux horreurs des dernières années, que ce soit les bombes qui tombent sur Gaza ou sur Kiev. Musicalement, la batterie qui prend un rythme carré semblable à celui de la marche militaire s’ajoute à la force du message de Caulfield. Ce n’est pas la seule fois où elle lance des pavés dans la mare en se donnant un bon swing :
Car ce soir
Je viens pour toi
Je viens pour toi
Alors vas-y cours
Je ne te louperai pas
Je viens pour toi
— Magazine
La pièce qui se veut une vengeance (imagée et poétique, d’un coup que Sophie Durocher prendrait ça au pied de la lettre) à un viol est d’une violence qui fait miroir à l’agression initiale. Encore une fois, c’est un rock électronique influencé par l’industriel que propose Mandy, Indiana sur celle-ci.
S’il y a une grande avancée sur URGH par rapport à son prédécesseur, c’est un certain effort pour que ce soit plus ramassé. On est toujours dans le grand monde de la musique expérimentale et la formation reste aventureuse, mais c’est tout de même plus focalisé dans ses attaques. Et cela rajoute encore plus de force à leur proposition. Sevastopol qui ouvre l’album est un bon exemple. Un gros rythme influencé par le rap, mais hyper distorsionné, une voix filtrée à saturation, mais un texte qui coule qui nous rattache à un fil conducteur clair. C’est hyper efficace.
Il y a même une collaboration sur URGH et pas la moindre. Le groupe invite le rappeur Billy Woods, qui, lui aussi, est passé maître dans le milieu du rap alternatif au cours des trois ou quatre dernières années. Le résultat est aussi jouissif que ce qu’on pourrait imaginer.
Franchement, Mandy, Indiana maîtrise de plus en plus sa proposition. À bien des égards, ça pourrait être comparé à Pretty Hate Machine de Nine Inch Nails. C’est le même genre de proposition hargneuse avec un savant mélange de rock et de musique électronique, mais, évidemment, le groupe est dans des sonorités contemporaines. C’est le meilleur album paru à date cette année. Sans contredit.