Critiques

Lucinda Williams

World’s Gone Wrong

  • Thirty Tigers
  • 2026
  • 48 minutes
7

On peut aisément présumer qu’une pandémie et un AVC la même année ont pu insuffler à Lucinda Williams un regain créatif et l’envie de tout donner, pourtant, elle n’a jamais arrêté bien longtemps : neuf albums sont sortis depuis ledit incident de santé, de chansons originales ainsi que plusieurs albums d’interprétations (Beatles, Stones, Dylan, Petty!). En tout, c’est une une vingtaine depuis Ramblin’ on my Mind (1978). Et une nouvelle tournée d’une vingtaine de dates déjà entamée, alors que vient de sortir World’s Gone Wrong ce 23 janvier.

On y retrouve sa voix, cette voix qu’elle a trouvée il y a longtemps langoureuse, possiblement ivre, aussi posée qu’hésitante, aussi rude que douce. Très « deep South », comme elle vient de Lake Charles en Louisiane et a habité dans toutes les grandes capitales musicales du Sud avant de choisir Nashville, où elle a enregistré ce dernier album mettant en vedette son band de tournée. Épaulée par son époux/coauteur qui coréalise avec le collaborateur de longue date Ray Kennedy, de l’époque Car Wheels on a Gravel Road (1998), son grand classique et plus grand vendeur. Cette reine de l’Americana poursuit dans la veine qui fait partie d’elle, ce mélange de folk et de guitares électriques, teinté de blues et de ballades, jamais loin.

Le climat politique mondial actuel a réveillé sa jeunesse passée à chanter en protestant contre la guerre et les nombreuses injustices sociales de l’époque. En témoignent le titre de l’album et ceux de presque toutes les pièces : Something’s Gotta Give, How Much Did You Get for Your Soul, Black Tears, Freedom Speaks. Elle reprend avec la géante Mavis Staples la magnifique So Much Trouble In The World de Bob Marley, dont les mots auraient pu être écrits hier : « You see men sailing on their ego trips / Blast off on their spaceships / Million miles from reality / No care for you, no care for me ». Par leurs parcours respectifs, chacune des deux femmes apporte une dimension différente aux paroles de Marley. À 72 ans, Lucinda Williams a vécu et survécu à toutes ces époques et s’insurge du retour en arrière sur We’ve Come Too Far to Turn Around, en duo avec Norah Jones en conclusion de cet album de protestation. S’indigner de devoir se retrousser les manches pour défendre les avancées qu’on croyait gagnées.

Si les thèmes amoureux et la langueur de Car Wheels ont ici été remplacés par des revendications sociales, avant de s’y replonger, on prend une pause pour évoquer les esprits de Dr. John et Slim Harpo, pendant ce qu’elle décrit comme une soirée parfaite dans un « funky little New Orleans bar » sur la pièce Low Life : « I guess this is the low life / but it’s where I wanna be / so have a Hurricane on me. »

Lucinda n’a rien à perdre; elle a déjà tout donné, échangé, vendu, perdu, retrouvé. Elle continue de résister et dénoncer tout en cherchant et trouvant la beauté, la grâce et la lumière. Dit-elle : « Je n’ai pas écrit ces chansons pour que les gens aillent se cacher, mais plutôt pour donner de l’espoir. Nous devons continuer à créer, nous manifester, vivre. Nous devons agir maintenant, folks! It’s a wake up call and a battle cry. »

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