Critiques

Lou Barlow

Reason to Live

  • Joyful Noise Recordings
  • 2021
  • 44 minutes
7

Lou Barlow est un incontournable de l’indie-rock états-unien. Membre fondateur de Dinosaur Jr., en compagnie de J Mascis, et meneur de la formation-phare Sebadoh, on oublie que l’homme a connu un certain succès de masse avec la chanson Natural One ; une pièce créée en duo avec John Davis, sous l’appellation Folk Implosion, et tirée de la bande sonore du film Kids paru en 1995. Aujourd’hui, Barlow est considéré, avec raison, comme l’une des pionniers du mouvement lo-fi qui a connu son heure de gloire au début des années 90.

En 2015, l’auteur-compositeur-interprète nous proposait Brace the Wave ; une création en mode folk rock qui mettait de l’avant les attributs mélodiques du musicien. Cette fois-ci, pour les raisons que l’on connaît bien, Barlow s’est réfugié dans sa demeure située dans l’état du Massachusetts afin d’y enregistrer des chansons dépouillées de tout artifice. Une guitare acoustique, la voix distinctive de l’artiste et une section rythmique minimaliste (boîte à rythmes, batterie binaire, basse, etc.) ont suffi pour échafauder ces chansons sans prétention.

Il nous présente un long format réconfortant qui séduit grâce à l’indéniable talent mélodique qui l’habite. Reason to Live est du Barlow pur jus, mais à la différence que l’artiste habituellement torturé et colérique disparaît pour faire place à des propos sensibles et remplis de sagesse. Si les fans de l’Américain ont toujours cru qu’il était en proie à des souffrances psychologiques importantes, on retrouve un Barlow étonnamment apaisé et serein, même si les pointes d’ironie ne sont jamais bien loin :

When they make amends, we’ll be holding hands

Strong as any wall that stands

Go ravage the earth to make it a home…

From my heart to my hunger, talk about a reason to live

– Reason to Live

C’est cette honnêteté émouvante, cette humilité et ce dépouillement sonore qui confère à ce Reason to Live un charme indicible. Le refrain dans Privatize est du grand Barlow. Le subtil clavier qui apparaît dans How Do I Know est un pourvoyeur de frissons. Idem pour la sereine Tempted. Thirsty est une chanson qui aurait pu appartenir au répertoire de Sebadoh, mais en format acoustique. L’auteur retrouve son ton doux-amer dans la passive agressive All You People Suck, seule discordance avec le ton adopté par le musicien tout au long de l’album.

Sans être un grand disque, Reason to Live est une création qui confirme de nouveau le statut de Lou Barlow : l’un des grands mélodistes de l’indie-rock états-unien. Même si on le préfère lorsque les guitares sont branchées, et si possible avec son acolyte Jason Loewenstein chez Sebadoh, on apprécie les nouvelles chansons résolument intimistes de l’artiste… comme un vieil ami qu’on avait perdu de vue et avec qui on renoue avec un plaisir certain.