Lost
GAMAN
- 7e Ciel
- 2026
- 35 minutes
J’ai crié à l’aide, mais y a pas d’son qui sort
J’me parle tout seul le soir, faut bien que quelqu’un m’rassure
Dans ma tête, c’est la cacophonie, mais ma voix est plus forte que le bruit
J’fais des millions d’écoutes, mais j’suis seul dans mon lit, seul dans mon lit
Pourquoi tu m’envies? J’ai les deux yeux qui piquent quand j’me confie au ciel
J’fais des rêves tellement fous qu’j’m’en rappelle, mais rien n’est réel
Le temps n’est qu’un concept, la vie n’est qu’une phase
Ils ont créé des stars pour endormir la masse
L’argent nous rend, l’argent nous rend libres
Libre de choisir la taille de la cage
— GAMAN
Lost nous propose GAMAN, un album qui arrive trois ans après HÉRITAGE. Entre-temps, le rappeur québécois a fait un album collaboratif avec Souldia, Portrait robot, et a lancé un quatrième volume de Bonhomme pendu, sa série de mixtape. De bien des manières, ce nouvel album est la continuité logique du cheminement du rappeur montréalais.
Avec HÉRITAGE, déjà, Lost montrait qu’il changeait, exit les clichés du rap de la rue au profit de textes plus profonds qui creusent des sujets variés allant des relations amoureuses aux remords en passant par la conception de l’homme en société. GAMAN continue dans le sillon creusé par HÉRITAGE et s’enfonce dans les réflexions sur les rapports humains, sur le bonheur et la quiétude. Au passage, il offre quand même quelques pièces plus superficielles qui jouent plutôt sur les bonnes lignes et l’ego trip.
Derrière tout ça, comme il l’expliquait en entrevue à Olivier Boisvert-Magnen dans Le Devoir, il y a une séparation difficile qui a changé sa réalité quotidienne et un vide créé par celle-ci. On l’entend beaucoup sur GAMAN, Lost parle ouvertement de sa peine sur 14 février, une pièce qui commence dans la mélancolie et qui se termine dans la colère. Sur Santorini aussi, il ne fait pas de détour sur le cœur brisé qui l’habite, le tout sur une trame franchement bien composée par Maws.
Les réflexions sur sa vie passée sont toujours d’actualité sur GAMAN, comme le démontre Flash sur laquelle Georgio collabore. C’est vrai aussi sur Des inc et des comptables qui relatent une rechute et le dur cheminement pour s’extraire d’un milieu quand on y est né en quelque sorte. C’est vrai à nouveau sur Génération perdue sur laquelle Izzy-S collabore. Sur HÉRITAGE, Lost avait commencé à ne plus louanger la rue pour parler des contrecoups de vivre une vie de violence, une chose qui continue sur la dernière pièce de GAMAN. Parmi les autres bons moments de GAMAN, on retrouve Paparazzi qui parle de l’impact des réseaux sociaux sur les jeunes, mais aussi sur le crime organisé qui a tendance aussi à publiciser ses crimes.
GAMAN continue à prouver que Lost est un des rappeurs les plus talentueux au Québec en ce moment. Il possède l’expérience pour livrer des réflexions profondes sur les réalités plus dures des grandes villes et le fait à coup de bonnes lignes et de mélodies efficaces.