Critiques

Les Shirley

Forever Is Now

  • Indépendant
  • 2021
  • 28 minutes
7,5

Dire que j’aime la musique des Shirley est un euphémisme. J’ai usé à la corde les 4 chansons de leur premier EP, et leurs riffs sont depuis coincés dans mes oreilles depuis 2019.

Les Shirley font du rock’n’roll sans ironie. Leurs chansons ne sentent pas le besoin de constamment s’excuser d’être ce qu’elles sont. Pas de passages soudainement be-bop, pas d’échantillonnage ou de bidouillage électro, pas de texte au cinquième degré sur l’angoisse existentielle de ne pas être une théière ou je ne sais trop quoi. Une guitare, une basse, une batterie, des mélodies bien construites et une attitude je-m’en-foutiste qui nous rappelle pourquoi le rock est la musique des vivants.

Le power trio – composé de Raphaëlle Chouinard à la guitare et au chant, Sarah Dion à la basse et Lisandre Bourdages à la batterie –lançait la semaine dernière son premier album intitulé Forever is Now. On retrouve sur l’album la plupart des ingrédients énumérés plus haut, même si les Shirley ne vont pas toujours là où on les attendait.

Les trois premières chansons de l’album nous donnent l’éventail de ce que l’on retrouve sur Forever is Now. Fuck It I’m In Love, avec son riff implacable et sa batterie déchaînée, est un hymne qui semble tout droit sorti d’une scène de bal des finissants de votre film d’ado préféré. Easy Target est plus discrète, mais le côté plus indie de sa construction et de ses arrangements constitue la première belle surprise de l’album. Sadgirlsclub est un 1 min 18 de pur punk sans retenue à la Bikini Kill, qui arrache tout sur son passage et qui donne à peine le temps de reprendre son souffle.

Forever is Now a un côté nineties très assumé, mais qui ne verse jamais dans la nostalgie cheap. Le grunge est une influence importante sur l’album, mais la pop-punk de Green Day et de Blink-182 n’est jamais bien loin aussi. Ce côté pop un peu sucré – particulièrement sur les chansons 23 et Courtney  – surprend parfois. Si ce n’est pas désagréable, ce n’est pas non plus le volet le plus intéressant de l’album.

Dans un même ordre d’idée, la production est, la plupart du temps, impeccable. C’est une qualité, bien sûr, mais aussi un des défauts de l’album. Les chansons des Shirley sont à leur summum quand elles perdent un peu les pédales dans la pente, quand la rythmique s’emballe et que la voix de Raphaëlle Chouinard craque juste un peu (voir Trigger pour référence). J’aurais aimé en ce sens une réalisation un peu moins léchée, qui aurait donné plus d’air au rock des Shirley.

La chanson titre de l’album, Forever is Now, est le parfait exemple de ce dont le groupe est capable quand les barrières tombent. Dès l’ouverture, Lisandre Bourdages frappe sur sa batterie comme s’il lui devait de l’argent et la basse fuzzée de Sarah Dion appuie parfaitement le couplet. Cerise sur le sundae, la chanson ne contient pas un, mais deux refrains choraux. Le dernier, qui reprend le « Don’t think twice it’s alright » de Bob Dylan, deviendra certainement un classique des concerts du groupe.

L’album compte à peine 9 chansons (10 si l’on compte la version épurée de Fuck It I’m In Love , rebaptisée Forget It I’m In Love), mais fait bon usage de sa demi-heure. Forever Is Now file à 140 sur l’autoroute les fenêtres baissées, et c’est suffisant pour nous rappeler que le rock n’est pas mort. Non, madame.

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