Le Husky
Forces invisibles
- Quartier Général
- 2026
- 32 minutes
Le choix de la musique idéale pour accompagner les moments de tristesse varie d’une personne à l’autre. Certains combattent le spleen en mettant dans le tapis leur meilleure compilation d’ABBA, ou toute autre œuvre où la joie de vivre est l’élément central. D’autres chercheront plutôt quelqu’un avec qui partager leur mélancolie. C’est à cette deuxième catégorie de gens que s’adresse Forces invisibles, le 3ième long jeu de Yannick Duguay (alias Le Husky), son premier depuis 2010.
Celui qui a, entre-temps, étudié et travaillé en design graphique aborde des thèmes plutôt sombres, comme le mal de vivre, la peur de l’abandon et la quête difficile de l’amour. Son écriture directe et très proche des émotions mérite qu’on s’y attarde. Parfois, les mots qu’il utilise sont d’une telle franchise qu’ils nous écrasent de tout leur poids.
J’me suis inventé une nouvelle vie
Le genre de vie où je ne parle à personne
De cette manière j’évite les ennuis
En m’faisant croire que j’ai besoin de personne
— Besoin de personne
À d’autres moments, il utilise la métaphore d’habile façon, ce qui peut, à la limite, faire sourire, malgré la lourdeur des propos. C’est le cas notamment dans l’accrocheuse Le camp des éclopées :
Il y a quelques années fatigué
J’ai vu la lumière au bout du tunnel
Avant de me rendre compte
Que c’était un train qui s’en venait
J’avais des idées noires à revendre
Mais pas beaucoup d’acheteurs intéressés
Le bonheur ne s’apprend pas
Assis sur un banc d’école
— Le camp des éclopés
Fidèle à la vocation thérapeutique de son œuvre, Le Husky s’adresse à ses auditeurs écorchés dans Les grands brûlés, ainsi que dans la chanson-titre de l’album. Dans cette dernière, il leur rappelle de vivre pleinement leurs peines, un peu comme le ferait un ami proche. Il fait ensuite le judicieux choix de clore l’opus sur une note d’espoir avec l’épurée Glamping, qui nous rappelle, au son des vagues et de la guitare acoustique, que le bonheur n’est jamais très loin.
L’ambiance musicale plutôt sobre s’arrime très bien avec les thèmes, tout comme la voix du Husky, chaude et empreinte d’une certaine vulnérabilité. Jean-Sébastien Brault-Labbé a joué un rôle très important dans la trame sonore folk-rock, lui qui était derrière la batterie, les guitares, la basse, les synthétiseurs et le piano, en plus de réaliser l’œuvre.
Soulignons aussi l’apport de Julie Triquet et de Marie-Michèle Beauparlant aux instruments à cordes. Ces dernières sont à l’origine d’une belle et surprenante envolée qui précède la conclusion de Besoin de personne. Jérôme Dupuis-Cloutier, quant à lui, fait pleurer ses cuivres sur l’intéressante Où es-tu, une chanson qui prend la forme d’un crescendo.
Il s’agit d’un retour réussi pour Le Husky, où il démontre qu’il a beaucoup à dire. Forces invisibles est une œuvre sincère qui, bien qu’elle aborde des sujets durs, trouve le moyen d’être réconfortante.