Critiques

Le Couleur

Concorde

  • Lisbon Lux Records
  • 2020
  • 40 minutes
8
Le meilleur de lca

On remonte en l’an 2000, lorsque l’avion supersonique Concorde s’écrase à Paris. L’avion qui, autrefois, avait réussi à franchir le mur du son s’est retrouvé responsable de la mort de plus d’une centaine de personnes. C’est en déterrant cette désillusion historique que le trio Le Couleur, composée de la chanteuse Laurence Giroux-Do, du bassiste, claviériste et guitariste Patrick Gosselin et du batteur Steeven Chouinard, présente leur troisième album en carrière intitulé Concorde.

Si l’on retrouve encore l’électro-synth-pop si bien maîtrisé par le groupe, l’album regorge pourtant de nouvelles sonorités. L’accentuation de la guitare provoque une ambiance plus organique et naturelle, presque rock. Dans Désert, on se permet même un solo de guitare prog ultra satisfaisant. On plonge également dans une évolution rythmique funk et dansante, comme dans la pièce instrumentale Vol d’après-midi.  L’inspiration de la pop française se fait sentir par la douce voix assumée de Laurence qui rappelle celle de Mylène Farmer. À l’image d’un vol d’avion, on y va souvent d’un son aéré qui laisse place aux rêves et à la réflexion. On explore le mouvement french touch et les mélodies atmosphériques de Air. Il y a aussi une tendance disco digne de Donna Summer, puis un son psychédélique à l’instar de l’année où le fameux Concorde a volé pour la première fois.  

Bien qu’elles soient influencées par la tragédie, il y a quelque chose de fascinant dans les paroles des morceaux. L’impression d’y glisser d’autres drames et d’autres histoires fait en sorte que l’interprétation qu’on y fait demeure libre de sens. En jouant aussi avec la portée des différents pronoms, on accorde aux auditeurs le plaisir de s’approprier la signification des chansons :

« Comment raconter cette histoire

   Prélude aux adieux

   Veston classe

   Semi-lustré

   Douceur d’un pelage

   J’ai volé trop près du soleil

   Me pensant plus forte qu’elle »

– Silouhette

La mort, qui est si bien découplée dans Concorde, nous amène ailleurs. Loin de là l’idée d’en faire un tabou. Ici, on la frôle, puis on danse avec elle. On fait ressortir son côté mythique et sensuel :

« Sauvons

   Notre sauveur

   Embrassons-la

   Délivrez la pudeur

   Bienvenue à L’aube

   Où le troisième soleil

   Protégera la lumière éternelle »

– L’aube du 3ième soleil

Grâce à une évolution narrative des chansons et à un souci des détails sonores, Concorde crée l’ambiance d’une trame sonore d’un vieux film français dont la luxure se serait mélangée avec le psychédélique, et la romance avec la tragédie. Chose certaine, l’expérience qu’a acquis Le Couleur ainsi que l’ouverture à d’autres sons et à de nouveaux musiciens ont amené le groupe à développer leur style et à élever leur concept à un niveau surprenant.

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