Critiques

Land of Talk

Indistinct Conversations

  • Dine Alone Records
  • 2020
  • 38 minutes
7

Voilà maintenant 15 ans que Land of Talk s’active sur la scène montréalaise et au-delà. La formation rapplique cet été avec Indistinct Conversations, un album beaucoup plus tranquille que ce à quoi le groupe nous avait habitués. Cette douceur nouvelle est porteuse d’un propos plus intime. Land of Talk ne perd en rien de son efficacité et propose encore une fois un excellent disque.

Sur leur précédent album, Life After Youth (2017), Land of Talk s’était tourné vers les synthétiseurs afin de renouveler un peu leur son, centré jusque là sur des guitares électriques amples, plaquant souvent des accords ouverts. La recherche de nouvelles sonorités à travers l’instrumentation se poursuit sur Indistinct Conversations. Les synthétiseurs sont encore présents à l’occasion, mais c’est la guitare acoustique qui cette fois fait le gros du travail.

La guitare électrique occupe encore beaucoup d’espace. Si elle prend parfois en charge les parties rythmiques, elle se développe plus souvent en atmosphères et en textures, ponctuant les pièces d’arpèges et de mélodies tapissés d’écho ou de réverbération.

De nombreuses pièces sur Indistinct Conversations se détournent ainsi du rock franc et direct au profit de sonorités plus folk. Ce virage s’impose ainsi dès la première pièce de l’album, Diaphanous, et se maintient par la suite. Il faut attendre sept morceaux avant de retrouver, sur Footnote, les élans rock caractéristiques du groupe.

Land of Talk poursuit sur cette lancée sur la pièce suivante, AB Future, où le groupe retrouve toute l’intensité auquel ils nous avaient habitués. Et on les sent alors pleinement à l’aise, ces deux morceaux faisant partie des moments forts de l’album. Mais cette envolée s’arrête là et le groupe replonge ensuite dans la douceur.

L’avant-dernier morceau de l’album, Now You Want to Live in the Light, vient résumer en quelque sorte le parcours traversé par les différentes pièces de l’album :

Fuck it, no problem, it’s just it took so long to disappear.
Inside love-light.

Quiet, unlike this path I’m riding,
these thoughts disappear.
You don’t understand, do you?

– Now You Want to Live in the Light

La plupart des pièces de l’album se conjuguent en effet au « tu ». Un « tu » objet d’un désir malsain empreint de tristesse, un « tu » qui réconforte parfois, mais avec qui on n’arrive pas à entrer pleinement en contact. S’agit-il d’une seule personne? L’histoire ne le dit pas. Il en ressort un puissant portrait des difficultés d’entrer en contact profond avec l’autre et du malaise que la communication provoque parfois.

Cette tension s’incarne entre autres dans les bribes de conversations téléphoniques, souvent peu claires, qui ponctuent l’album. Une présence d’autrui qui culmine dans la dernière pièce de l’album, intitulé justement Indistinct Conversations, alors que des extraits de discussions téléphoniques se développent en parallèle, pendant que le groupe joue un morceau instrumental. Cette pièce marque l’aboutissement du parcours entamé auparavant, la voix singulière de la chanteuse disparaissant alors dans un ensemble de conversations indistinctes.

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