Critiques

Koriass

La nuit des longs couteaux

  • 7e Ciel
  • 2018
  • 46 minutes
8
Le meilleur de lca

Deux Félix, une longue tournée, une percée en France. En 2016 et 2017, Koriass a vécu une vie à toute vitesse avec Love suprême, son 4e album et sans doute le plus connu du grand public. Au printemps 2017, la course a arrêté avec une pause subite où le rappeur s’est retiré des scènes pour se recentrer. La nuit des longs couteaux témoigne du parcours de la dernière année pour lui. Si on se fie au contenu des textes et au choix des beats, ce n’était pas facile.

La pièce d’ouverture, J-3000, débute avec un extrait de la chanson de Kim Carnes, Breakin’ Away from Sanity. Celui-ci résume bien les sujets abordés dans l’album : l’absence, la détresse psychologique éprouvée, la peur de sombrer à nouveau dans les affres des problèmes de santé mentale. Il est d’autant plus significatif lorsqu’on sait que le titre évoque l’aile psychiatrique dans laquelle Koriass a eu un court séjour.

Ce n’est pas seulement l’échantillonnage de Carnes qui met la table pour les sujets de l’album. Plusieurs des métaphores utilisées dans J-3000 sont reprises plus tard dans d’autres pièces, notamment le couteau avec lequel « on tue l’éléphant qui est dans la pièce ». On y évoque aussi l’abus d’alcool, qui reviendra aussi plus tard.

L’extrait Cinq à sept illustre d’ailleurs avec plein d’autodérision les soirs où « t’es déjà drunk avant le 5 à 7 », les lendemains de veille et l’impossibilité de vaquer aux occupations autres qu’être une vedette. Le vidéoclip réalisé par les Gamins est très drôle et atténue les constats de la vie pas toujours rose d’un artiste. On retrouve un peu de l’esprit du précédent album avec son rythme joyeux et très accrocheur. Cause perdue aussi en parle, mais de manière moins comique et plus dépréciative.

Éléphant est la chanson la plus puissante de l’album. Coiffée d’une excellente trame, elle reprend la métaphore de l’éléphant dans la pièce qu’on tue avec un couteau ayant « poignardé dans le dos ». On ne sait pas qui est « l’éléphant dans la pièce », vu que la signification n’est pas offerte sur un plateau d’argent. Comme sur la plupart des pièces de La nuit des longs couteaux, le texte est rempli de déboires relatés de façon très directe. Après tout, « [il] fait des confessions à des étrangers, [il] rentre sur un beat comme en thérapie ».

La vie de tournée est un autre des thèmes centraux de l’album, raconté en des termes pas toujours élogieux. Si dans Cinq à sept et Tout donné, on insiste plus sur le côté léger lié à cet aspect, d’autres parlent plus du désenchantement. Alerte Amber est la pièce qui l’exprime le mieux, avec l’éloignement pour aller poursuivre des rêves de gloire dans une ville étrangère. Chenous semble répondre à ce malaise avec une ode à la vie de famille.

Le réalisateur Philippe Brault s’est joint à Koriass pour une deuxième fois et on sent sa touche dans des pièces plus pop comme Cinq à sept ou dans les deux collaborations (Miracle et Lait de chèvre) avec Fouki. La richesse du son est augmentée avec l’ajout de vraies parties de cordes dans J-3000 ou dans les superbes pièces Bref et Ennemis. La nuit des longs couteaux est aussi bien produit, mais un peu moins foisonnant musicalement que Love suprême. On revient aux bases : des beats puissants et un propos acéré. Cette production plus en retrait laisse toute la place aux paroles, ce qui renforce l’impression de la confession publique.

Koriass exorcise la dernière année avec brio, sans misérabilisme et avec humour. Il sera donc intéressant de savoir si le prochain album continuera sur cette piste ou reviendra à l’innovation derrière Love suprême.

 

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