Play Me
- Matador Records
- 2026
- 30 minutes
Sur son troisième album solo, l’ex-bassiste et chanteuse de Sonic Youth livre douze brefs brûlots comme autant d’attaques frontales sur les menaces ordinaires et extraordinaires de notre monde moderne.
Parmi les thèmes revisités par Kim Gordon, on retrouve l’effritement de la vie démocratique aux États-Unis dans un monde dominé par des techno-bros milliardaires (Musk, Bezos et consorts) tentant d’accaparer la planète. Ce regard global et caustique n’empêche pas une certaine introspection teintée d’espoir. Surtout si elle est servie sur une ribambelle de rythmiques carabinées d’un bout à l’autre.
Gordon passe à l’attaque avec la pièce qui donne le nom à l’album en ouverture. Dans une verve funky débraillée qui peut laisser perplexe à la première écoute, Play Me fait vrombir une basse ponctuée de cuivres. Ce périple pseudo-funk sera de courte durée, car avec Girl With A Look, on joue plus dans les réminiscences du post-punk du début des années 80 avec une cadence plus soutenue.
Tout au long de l’album, la concision reste de mise. Pas de jams échevelés. La pièce la plus longue ne dépasse pas trois minutes. Que ce soit sur des airs plus noisy comme No hands où on déguise un certain minimalisme passé dans la moulinette électro-clash ou sur BlackOut et sa basse (sur)distortionnée se permettant des détours du côté du hardcore.
Côté mélange des genres, on décèle un peu d’indie rock catchy sur Not Today. Cette dernière pourrait bien être la plus organique du lot. La moins programmée. Quoique les percussions sur Busy Bee, assurés nul autre que Dave Grohl, s’en approchent dans l’exécution. Avec insistance, la musicienne galvanise ses troupes avec une rengaine incandescente sur Subcon. L’emploi ironique – ou pas – de l’auto-tune n’enlève rien à sa force de frappe.
Dans l’ensemble, le traitement des thèmes reste indissociable au traitement sonore qui en découle. Par exemple, Post Empire, litanie trash témoin d’un monde dystopique, est livré sur un groove que n’aurait pas renié Sleaford Mods. Avec Nail Biter, l’intégration des effets sonores fait partie intégrante de l’instrumentation. Surtout quand ces mêmes effets se marient très bien aux percussions synthétiques rappelant Peaches.
Malgré une instrumentation hétéroclite qui demande quelques écoutes pour bien se laisser apprivoiser, Play Me est un album livré dans l’urgence, la spontanéité, d’un beat brut à l’autre. Entre le cri et le murmure, Kim Gordon ne donne pas dans le pattern couplet-refrain prévisible.