Critiques

Katy J Pearson

Sound of the Morning

  • Heavenly Recordings
  • 2022
  • 42 minutes
7,5

Originaire de Bristol, en Angleterre, Katy J Pearson a fait une entrée remarquée sur la scène indie en 2020 avec son premier album Return. Mais si la presse britannique s’est vite entichée pour son folk lumineux aux accents faussement country, elle reste relativement peu connue chez nous. Sa nouvelle parution, le très réussi Sound of the Morning, devrait toutefois lui permettre de rallier de nouveaux adeptes.

L’élément le plus caractéristique de la musique de Pearson demeure sa voix un peu caméléon, capable d’inflexions qui peuvent rappeler Stevie Nicks (Fleetwood Mac) ou même Belinda Carlisle, mais avec un côté nasillard et un twang proche du country. Son premier disque avait d’ailleurs été un peu injustement catégorisé comme du country, résultat en fait d’une seule chanson (le simple Tonight) et d’un vidéoclip où on la voyait faire de la danse en ligne et arborer un bracelet en cailloux.

À l’écoute de Sound of the Morning, il apparaît évident que la musicienne de 26 ans a voulu s’assurer que l’étiquette « country » ne lui collerait plus à la peau. Pour ce faire, elle a d’abord fait appel au réalisateur Dan Carey, connu pour son travail auprès de formations post-punk comme Fontaines D.C. et black midi, mais qui a aussi réalisé le premier album de la nouvelle sensation indie pop Wet Leg. Dans un communiqué, Pearson a d’ailleurs crédité Carey pour le côté un peu plus « rentre dedans » de son nouvel album, particulièrement évident sur la bombe pop-rock Alligator, qui pourrait d’ailleurs passer pour une chanson de Wet Leg oubliée dans les tiroirs.

L’autrice-compositrice-interprète fait preuve aussi d’une grande aisance à passer d’un genre à l’autre, explorant un large éventail de styles et faisant montre d’une nouvelle polyvalence par rapport à son premier album. Si l’influence de Nick Drake est assez marquée sur la délicate The Hour ou encore la pièce-titre (avec flûte et guitare sèche), elle se lance également dans des orchestrations élaborées, notamment sur l’excellente Storm to Pass, portée par de jolis arrangements de cuivres et sur laquelle on entend même l’influence de Jónsi et Sigur Rós dans les longues notes tenues.

Katy J Pearson est à son meilleur quand elle enrobe sa pop mélancolique d’envolées dramatiques. À ce sujet, l’excellente Float est sans contredit le fait saillant de l’album avec ses mélodies puissantes et son énergie un peu désespérée, comme si elle tentait de s’accrocher à une réalité qui lui échappe tandis qu’elle répète la phrase « I don’t wanna pretend ». Dans un registre davantage pop radio, l’extrait Talk Over Town est aussi très efficace, rappelant l’esthétique du premier album avec une accroche encore plus contagieuse et un rythme qui vous fera assurément taper du pied.

Autant la pop-folk de Sound of the Morning reste en grande partie lumineuse, autant Pearson n’hésite pas à aborder des thèmes plus sombres, qui font écho au contexte pandémique, mais également à l’actualité des dernières années. Sur l’énergique Confession, elle adopte le point de vue d’une victime d’agression sexuelle : 

« It was a very long time ago when it happened

And not a lot of people know how it happened

But we crash, we crash, we crash, we crash, we crash

(I tried to tell you something)

React, react, react, react, react

(But you just wouldn’t listen) ».

Confession

Si on sent parfois que Katy J Pearson a peut-être voulu ratisser un peu trop large pour s’assurer de défier les étiquettes (le funk de Game of Cards n’atteint pas tout à fait la cible et détonne un peu), on demeure sous le charme de sa voix unique, capable d’invoquer autant Dolly Parton que Kate Bush. Un album résolument pop, mais avec un propos d’une grande profondeur, ce qui n’est pas un mince exploit.