Critiques

Joseph Mihalcean

Joseph Mihalcean

  • Costume Records
  • 2021
  • 26 minutes
7,5

Battant «enfin » de ses propres ailes, le génie de l’ombre, Joseph Marchand, s’offre une première parution en solo. Fort d’une pop classique résolument cosmique, cet opus est une co-réalisation d’un autre prolifique maestro, et j’ai nommé Philippe Brault. À deux, Marchand et Brault ont des feuilles de route plutôt impressionnantes, accompagnant notamment Pierre Lapointe, Safia Nolin et Ariane Moffatt au fil des ans. Vous connaissez peut-être Mihalcean, dit Marchand, via son ex-projet Forêt, un duo naturellement pop en compagnie de Émilie Laforest. D’ailleurs, lorsqu’on tend l’oreille attentivement, les immersions rythmiques entre ses projets, solo et forestier, s’entrecoupent à certains moments. Question de respecter ses racines, voilà qui est bien joué.

Catalogué chez Costume Records, ce long jeu éponyme de courte durée (26 minutes et des poussières) dont le public (pis moi aussi) se délectera paisiblement, une minuscule bouchée à la fois, est constitué de 10 pièces d’une douceur agréablement déconcertante. Minimalistes à souhait, les mélodies simples coulent comme un doux ruisseau hypnotique. Une certaine mélancolie se dégage des claviers tamisés, telle une berceuse sporadiquement triste. La voix feutrée du principal intéressé ajoute à ce sentiment chagriné, mais ô combien rêveur. Parlant de ses cordes vocales, Marchand affirme qu’il commence tout juste à s’assumer au chant, lui qui ne l’avait pas mis de l’avant de cette façon auparavant. Alors que le commun des mortels connaissait déjà trois monoplages sortis au compte-gouttes depuis 2019, 7 morceaux s’ajoutent au produit final. La lenteur harmonique proposée par Joseph Mihalcean est digne d’une séance de méditation. Sans dire que le LP est sédatif, l’enchaînement donne envie, la plupart du temps, de rejoindre les bras de morphée. Trop Dormi est le vecteur de cet état d’âme, une détente de grasse matinée, idéalement conçue pour travailler dans son lit. Je vous laisse donc deviner l’endroit de rédaction de cette critique.

Alternant entre français et anglais de façon quasi équitable, je ressens son aisance profonde avec la langue de Shakespeare, même si la naïveté de la langue maternelle interpelle davantage. J’ai aussi le pressentiment que ses textes anglophones touchent là où ça déchire nos p’tits coeurs, tandis que ses pistes francophones forment une suite de berceuse, un conte lo-fi pour se prélasser et se laisser emporter par nos rêves. Désirée ou non, la formule, fusionnant Mihalcean (anglo) et Marchand (franco), fait en sorte qu’il laisse place à son alter ego et délaisse son personnage à l’occasion. La combinaison des deux est, ma foi, succulente.

À écouter de A à Z, sans cassure et sans se soucier d’activité cérébrale, que notre cerveau soit occupé ou non, Joseph Mihalcean l’accompagne brillamment.