José González
Against the Dying of the Light
- Imperial Recordings / Mute Records
- 2026
- 45 minutes
Assise en tailleur sur un vieux coussin par terre, le soleil en plein visage, j’me suis laissée emporter par José et sa guitare. Je trouvais que c’était le contexte idéal pour écouter son nouvel album – Against the Dying of The Light – sorti le 27 mars dernier.
Ce cinquième album solo du guitariste et compositeur suédois d’origine argentine ne cherche pas à vous brusquer. Au contraire. C’est une invitation presque supplique à préserver ce qui vous reste de lumière humaine, dans une époque qui va trop vite vers ses propres falaises.
Le timing est parfait, probablement pas par hasard. On est en ce moment collectivement suspendus quelque part entre l’espoir et la mélancolie. C’est exactement ce que j’ai ressenti en écoutant tout l’album. Au Québec présentement, c’est surtout le printemps que j’attends avec espoir… sans trop y croire. González capte exactement cet entre-deux. Son folk acoustique minimaliste, ses mélodies calmes presque exclusivement construites autour de sa guitare, créent un espace réconfortant où j’ai pu ressentir, sans avoir à me justifier.
Oui, l’album porte un message politique. Sauf qu’il ne le crie pas. González ne crie pas, de toute façon. Il murmure. Ce qu’il chante, c’est la résistance aux systèmes déshumanisants, à l’accélération technologique qui échappe à tout contrôle et qui déguise l’exploitation en progrès.
A Perfect Storm, sorti en simple il y a un mois, reste ma préférée. Je suis loin d’être originale, mais je ne m’en remets pas. J’espérais être surprise par une nouvelle élue en écoutant l’album complet, mais non. La pièce décrit une trajectoire vers le précipice. Cette course technologique qui ne satisfait que la soif de quelques personnes. « Nous créons nous-mêmes les conditions d’un avenir turbulent », dit González en entrevue. Les sonorités de Losing Game et A perfect Storm ont quelque chose qui t’aspire entièrement. Comme si tu courais une course contre toi-même, une course que tu peux gagner. L’effet de crescendo est utilisé avec précision : on passe de la réflexion troublée au mouvement. De l’immobilité à l’action. Très bien orchestrées!
U / Rawls Slöja, une des deux seules chansons en suédois, ajoute une couche d’intimité à l’ensemble. L’album oscille entre l’anglais, le suédois (Etyd) et l’espagnol (Ay Querida, Pajarito). Étant métisse, j’avoue aimer ce choix authentique, fidèle à ses racines.
You & We est une des pièces qui m’a le plus touchée, et je m’en excuse tellement elle est simple. Le compositeur nous chante sans arrêt qu’il nous souhaite du bien. Du fond du cœur. C’est tout. Peut-être est-ce mon contexte personnel ou celui de l’époque, mais se faire dire des mots aussi doux, francs et constants, j’en avais besoin.
Bémol honnête: les sonorités sont répétitives. Si vous cherchez à être surpris à chaque piste, vous serez déçus. Mais si vous acceptez l’album pour ce qu’il est: une œuvre à consommer en entier, sur la route, le matin avec votre café ou en travail de fond… il devient une compagnie précieuse. Je ne serais pas du tout surprise d’entendre une de ses chansons en trame sonore dans une série ou un film.
Against the Dying of the Light n’est pas un album qui va vous secouer, mais plutôt vous tenir compagnie pendant que vous décidez, à votre rythme, de ne pas abandonner votre lumière.